Samedi 9 août 2008

   Jeudi 24 juillet, 2008. J’ai un rendez-vous dans la banlieue de Lille, à environ 40 km de chez moi. Je ne suis pas pressé et je décide de tester le bus « Merville – Lille par autoroute ». Il est 8 h35. Une dizaine de personnes attendent à l’arrêt de la grand’ place de Merville, l’autocar de 8h40. Celui-ci arrive avec dix minutes de retard. J’achète un billet : 2 €. Pendant le trajet, je lis et je ne vois pas le temps passer. Aucun incident ne perturbe le parcours, pas même sur cette lamentable autoroute A 25. Nous arrivons à Lille à 9 h 40, c'est-à-dire avec les dix minutes de retard prises au départ. Je suis juste en face de la station de métro qui me permet pour 1,25 € d’atteindre le lieu de mon rendez-vous. Le calcul est vite fait : (2*2) + (2*1.25), mon voyage aller-retour m’a coûté 6,50 €, soit un peu moins que le prix du carburant si j’avais utilisé ma voiture. (80 km à raison de 7 litres au 100 km = (7*0.8 soit 5, 60 litres) * 1.3 = 7,28 €. J’économise en plus les frais de stationnement et l’usure de la voiture.

 

     Si je fais le bilan de l’opération, les inconvénients se résument au manque de ponctualité et au temps du trajet un peu plus long qu’en voiture. Les avantages se révèlent plus nombreux : Economies substantielles, démarche écologique, détente et aucun risque d’être importuné par un Couenard[1] avec son radar.

 

    Réjoui de cette bonne expérience, j’ai décidé de devenir un habitué de la ligne « Merville – Lille par autoroute ». J’étais donc sur la grand’ place de Merville le vendredi 8 août à 10h40 pour monter dans le bus de 10h45. Je discutais avec une personne de ma connaissance, lorsque je vis passer mon bus qui ne s’est même pas arrêté. Le chauffeur a-t-il cru qu’il n’y avait pas de passager ? Ou bien, peu réjoui de travailler au moi d’août cherchait-il à démontrer aux décideurs que ça ne valait pas le coup de faire circuler les bus l’été ? Quelque soit sa stratégie, il me semble quand même que les transporteurs ont un cahier des charges à respecter, et que si l’on peu concevoir qu’il y ait des arrêts facultatifs, il semble hasardeux de penser que le point de départ en soit un. Les sociétés de transports feraient quand même bien de sélectionner des personnels fiables pour ce genre de travail.

 

     J’ai donc pris ma voiture ce jour là en me disant, que de tels comportements ne risquaient pas d’inciter les citoyens à utiliser les transports en commun et que certains pleureront devant les caméras de télévisions quand ils auront reçu leur lettre de licenciement pour motifs économiques, sans se douter qu’ils en sont les principaux responsables.

 

     Pour ma part, je continuerai à utiliser le bus pour Lille. La prochaine fois, je prendrai une pancarte sur laquelle je noterai en grand « PASSAGER POUR LILLE ». Hein biloute ! Quo qu’tin pinses ?



[1] Voir articles "Si vous n'êtes pas content" et "Si vous n'êtes pas content - suite" des 5/3/2005 et 19/6/2005

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Samedi 12 juillet 2008

 

            J’étais au Festival de la Rochelle lors de la libération d’Ingrid, donc un peu à l’écart de l’actualité. Je consultais quand même le journal au petit déjeuner. Il y a eu quatre pages consacrées à ce sujet le premier jour dans Ouest France. Il y en avait cinq le lendemain et encore trois le surlendemain. Je me disais « quel bonheur d’être au Festival et d’échapper ainsi au matraquage médiatique. Oubliée, la baisse du pouvoir d’achat ; oubliée, l’augmentation du pétrole ; oublié, le rognage des libertés concrétisé en ce début juillet par l’obligation d’une tenue de chantier de travaux publics… Il y en avait que pour Ingrid, dont la majorité des français s’en fout, mis à part les journalistes et quelques politiques toujours prêt à rebondir sur les évènements médiatisés pour se faire mousser. Et mis à part Sarko pour qui c’est arrivé au bon moment, faisant ainsi passer inaperçus les couacs des premiers jours de sa présidence Européenne, qui cela peut-il intéresser ? Les autres otages, qui sont encore nombreux entre les mains des barjos des quatre coins de la terre apprécieront comme il se doit. Probablement qu’un producteur ringard en fera prochainement un film que personne n’ira voir, mais grâce aux diverses subventions, il s’en sortira quand même.

 

            Bref, tout cela nous montre une fois de plus que les journalistes ne sont pas à la hauteur. Ils s’étonneront que leurs journaux se vendent de moins en moins.

 

            Et le pire, c’est que Ouest France annonçait que l’équipe de rédaction avait passé une nuit blanche pour réaliser les quatre pages du premier jour, dans le but de satisfaire ses lecteurs. De qui se moque t-on ?

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Samedi 12 juillet 2008

 

            Ce sont des jeunes déconnectés de la réalité, disait un magistrat à propos des abrutis alcoolisés qui ont massacré un jeune de dix sept ans et demi. Parmi eux, il y avait même un gamin de moins de quatorze ans. Mais qui peut avoir la bêtise de laisser traîner des gosses de cet âge là, la nuit dans un bungalow, sans adultes pour veiller sur eux, leur laissant consommer de l’alcool à volonté et peut-être plus encore ? Alors, c’est bien beau que de dignes représentants de la société fassent le constat que des jeunes soient déconnectés de la réalité. Encore faudrait-il se pencher sérieusement sur le problème ; savoir pourquoi ils le sont ; comment les connecter ; dans quelle réalité ? Ou bien serait-ce tout simplement le monde des adultes qui serait hors connexion. La preuve en est apportée par un autre magistrat qui réclame une amende de 800 € au professeur de Berlaimont qui a giflé un enfant qui lui avait dit en pleine classe « Sale con ». C’était pourtant là une bonne reconnexion aux réalités. On s’est pourtant vite déconnecté en mettant ce professeur en garde à vue et en accordant trois jours de vacances supplémentaires au sale gosse. C’est d’ailleurs un truc que je n’ai jamais compris à l’éducation nationale. Un enfant fait une bêtise, on le met en retenue, il ne vient pas à l’école on le sanctionne lui ou sa famille, il fait une grosse bêtise, on le met en vacances. Encore une belle déconnection ! J’ai essayé à l’armée, et Dieu sait pourtant qu’ils ne sont pas malins et ça n’a pas marché : Au bout du compte j’ai totalisé quarante jours de gnouf.

 

            Pour revenir à nos jeunes déconnectés, qui sait encore élever des enfants ? De plus en plus de parents ne savent plus comment s’y prendre et sont persuadés qu’ils le font bien. J’ai une fois pris une gifle par un père à qui j’ai dit que ses enfants étaient mal élevés. Certains diront sans doute que c’est bien fait pour moi ; que ne sont pas des choses qui se disent. Ce n’est pas du « politiquement correcte ». En tout cas, c’est moins grave que de lui dire « sale con », même si dans ce cas c’était vrai. Et pourtant, j’ai appelé les flics, ils sont venus et ils ne l’ont pas mis en garde à vue. Alors, qui est déconnecté des réalités ?

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Samedi 12 juillet 2008

-         Tu as vu la palme d’or ?
-         Euh ! Non.
-         Et « Che », tu l’as vu ?
-         Non plus.
-         Et t’as vu qui comme vedette ?
-         Ben… Jean Pierre Daroussin…
-         Ah ! Et t’as vu combien de films ?
-         Une quarantaine.
-         QUARANTE ! Mais comment tu fais pour ne  pas mélanger ? 

Ce sont les questions rituelles qu’on me pose à chaque retour de Cannes.  

            Les regards envieux que je croise me font comprendre que je suis un privilégié bien chanceux qui a la possibilité d’accéder au saint des saints de l’un des évènements les plus médiatisés au monde. 

            Il y a près de vingt-cinq ans que j’ai connu mon premier festival à Cannes. A l’époque, j’étais emballé. Il ne fallait rien me proposer pendant les dix jours du grand pèlerinage cinématographique. Cannes était ma priorité absolue. Après une interruption de trois ans, j’ai décidé d’y retourner cette année. Alors, voici comment se passe le quotidien d’un festivalier lambda. 

            La première chose à faire en arrivant est le passage au service des accréditations pour retirer le fameux badge qui me donnera le sésame au temple secret. Sans lui, pas d’accès au « cercle des privilégiés » ; ou plutôt, je devrais dire « aux cercles ». Dans un premier temps, je suis fier de faire partie de ceux qui ont cette chance de pouvoir accéder là où la majorité des citoyens n’y a pas droit. Très vite, je m’aperçois qu’à l’intérieur du grand pèlerinage, je suis dans l’échelle du bas. Il y a toute une hiérarchie. Par exemple, je me rend compte que certains ont un accès prioritaire. C’est le cas entre autres des journalistes. Mais, ceux-ci sont soumis également à un système de grades en fonction d’une pastille de couleurs qui figure sur leurs badges. Les plus gradés ont droit en priorité aux conférences de presse importantes, aux grandes soirées des sélections officielles… Chaque année, ils doivent présenter un dossier avec les articles qu’ils ont rédigé sur le festival. En fonction de l’appréciation qui sera faite, ils monteront de grade ou seront rétrogradés, voire même non accrédités. C’est ce qui explique qu’on ne voit jamais de journalistes critiquer négativement le festival. 

            Revenons au festivalier lambda. L’accréditation ne suffit pas pour voir tous les films. Ceux de la sélection officielle nécessitent une invitation particulière et nominative. Je me dirige donc vers une borne Internet pour réserver les places qui m’intéressent pour le lendemain. Je dispose d’un capital de points au départ qui est de 230 et qui augmente de deux unités à l’heure. C’est suffisant pour les trois films de jeudi. Ils valent chacun 50, 50 et 70. Ceux qui n’ont plus suffisamment de points doivent faire la queue au stand de la profession qui les a accrédités ; les exploitants dans mon cas. Certains tenteront d’en obtenir par d’autres festivaliers juste avant la séance. Ce système marchait mieux avant, quand les invitations n’étaient pas nominatives. On fait beaucoup la queue à Cannes. Certains arrivent une heure à l’avance pour une projection à la quinzaine. Ils acceptent d’être parqués comme des bœufs derrière des barrières pendant tout ce temps. Quelquefois la queue s’arrête d’avancer et on ne sait pas pourquoi. C’est ça Cannes. Il ne faut pas chercher à comprendre.

  Le plan Vigipirate n’arrange pas les choses. A chaque entrée, fouille de sac et passage au scanner. Lors d’un contrôle on me dit de déposer mon appareil photos au vestiaire. Il s’agit d’une bricole que j’ai eue en cadeau à un fournisseur. Il ne fonctionne plus. Je le dépose au vestiaire en disant :

-         On m’a dit de vous le donner, tenez je vous le donne.
-         Si vous ne prenez pas un ticket, je ne pourrai pas vous le rendre.
-         Eh bien gardez le. 

Pendant que je m’éloigne, la brave demoiselle me regarde d’un air ahuri. Elle ne sait pas encore quel cadeau empoisonné, je viens de lui faire. 

            Heureusement, au festival, tout le monde ne va pas voir les films. Ce serait impossible. Il y a plus de vingt mille accrédités. Les activités sont multiples. Certains viennent faire des affaires, vendre, acheter des films. C’est l’occasion de se donner des rendez-vous pour finaliser des contrats. D’autres viennent se montrer dans l’espoir d’attirer l’attention d’un producteur ou d’un réalisateur. D’autres encore viennent pour faire la fête ou pour draguer. La chasse aux cocktails et aux soirées privées est leur sport favori. Les dragueurs sont aux anges « les gazelles » pullulent. Puis, il y a ceux qui cherchent les stars. Ils poireautent aux pieds des marches et devant les grands hôtels. Il y a une autre astuce, l’entrée des artistes qui est située derrière le palais. La dernière fois que j’ai emprunté cet accès pour sortir, les photographes mitraillaient un gars sans doute célèbre, mais je ne le connaissais pas. Je n’avais pas le temps d’attendre. Je passais devant la star, au moment où un photographe déclencha son flash. L’homme se mit à jurer. C’est ma trombine qui était sur la photo. Imperturbable, je poursuivais mon trajet. 

           
Cannes, c’est aussi un lieu de surprises.
 


Ma plus belle rencontre à Cannes
 

            Mai 1987, le soir de la projection officielle de « Pierre et Djemila » de Gérard Blain. J’étais invité à la soirée sur la plage. En me servant des toasts, je me retrouvai à côté d’un monsieur vêtu d’un smoking blanc. Nous échangeons quelques mots et nous nous présentons.

Je m’appelle Jacques Demy, me dit-il. Nous avons discuté pendant une demi heure. C’est comme ça que je sais que « Une chambre en ville » était son film préféré parmi ceux qu’il avait réalisé. 


Une rencontre insolite
 

            A l’époque, l’ancien palais existait encore. On y projetait les films de la quinzaine. Je me rends aux toilettes avant la projection. Je me retrouve à côté d’un grand gaillard portant un uniforme bardé de médailles. Comme je n’aime pas les militaires, je le regarde d’un air méprisant et je regagne ma place dans la salle. Je suis à peine installé, qu’un projecteur s’allume et éclaire au balcon un personnage. Je reconnais mon militaire aux médailles. On nous le présente. Il s’agit d’Aldrin, l’un des trois astronautes qui ont marché sur la lune.


 

Deux jeunes filles esseulées

 

            C’est la tradition à Cannes qu’il y ait un cocktail ou un repas après la projection officielle. Pour « La vie rêvée des anges », tourné à Lille, Le producteur n’y a pas manqué. Les jeunes comédiennes débutantes, inconnues encore pour quelques jours, étaient seules et désorientées. ¨Personne ne s’intéressait à elles. Des gens du Nord les ont invitées à leur table. Natacha Régnier et Elodie Bouchez n’auront sans doute pas oublié ce geste chaleureux.

 

 

            Il y a donc des dizaines de façons d’appréhender le Festival de Cannes. On peut en revenir extrêmement fatigué ou au contraire très détendu. A chacun de voir…

 (Les photos de cet article sont de Francis Campagne).

 

Daniel Granval

Mai 2008.

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Samedi 12 juillet 2008

 

            Comme il se doit, après chaque succès d’un film français, les américains préfèrent, plutôt que d’acheter le film, en acquérir les droits pour réaliser le leur. On peut craindre le pire. Parmi de nombreux exemples, il suffit de se rappeler du triste remake des « visiteurs ».

On peut s’étonner d’ailleurs que Dany Boon, qui a affirmé qu’il ne ferait pas une suite s’il n’avait pas de bonnes idées, ait accepté de confier son œuvre aux américains. A moins qu’il ait prévu une clause dans le contrat lui permettant un droit de regard.

 

            Ce film s’appellerait « Bienvenue dans la cambrousse ». Ben tiens, comme chi ech’ nord ch’étot l’cambrousse ! « Ch’est du prope » dirot Line.

 

            Mais pourquoi seulement un remake américain ? D’autres pourrait en faire autant.

 

Les Italiens : « Bienvenue à Naples » (au milieu des ordures ménagères).

Les Chinois : « Bienvenue au Tibet ».

Les Russes : « Bienvenue en Tchétchénie ».

Les Belges : « Bienvenue chez les Wallons ».

Les Polonais : « Bienvenue à Auschwitz ».

Les Serbes : « Bienvenue à Sarajevo ».

Les Israéliens : « Bienvenue à Gaza ».

Les Colombiens : « Bienvenue chez les Farks ».

 

            N’hésitez pas à m’en proposer d’autres.

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Samedi 12 juillet 2008

Sources :

Daniel Granval et Olivier Joos « Les cinémas du Nord – Pas de Calais » Ed. Club Cinéma de Merville

Daniel Granval « Les cinémas de Cambrai » (à paraître).

  Au début de l’année 1909, la quadruple exécution capitale de la bande des frères Pollet a été filmée clandestinement à Béthune. Le ministre de la Justice s’en inquiéta et chercha le moyen d’interdire les projections de ce film. La censure au théâtre ne fonctionnait plus depuis 1906. Il considéra donc, que les projections de films faisaient partie des « spectacles de curiosité ». Après tout, ne les passait-on pas dans les foires ? L’autorisation de ces spectacles était soumise à une autorisation municipale. Par le biais de son collègue de l’Intérieur, il fit intervenir les préfets auprès des municipalités pour interdire ces projections. C’est donc la circulaire du 11 janvier 1909 qui fut le premier texte officiel de la censure cinématographique. 

Jusqu’à présent, c’était les pouvoirs locaux qui jugeaient de l’opportunité d’interdire un film ou pas. Une commission d’examen et de contrôle cinématographique nationale est créée par un arrêté de juin 1916. Un décret de juillet 1919 généralise le système de contrôle des films. En 1928 sera créée la commission de contrôle telle qu’elle existe encore actuellement. Cette commission paritaire est composée de fonctionnaires et de représentants de la profession. Elle délivre les visas d’exploitation. 

Mais comme nous le verrons dans cet article, la censure n’est pas toujours officielle. Tout au long de l’histoire du cinéma, il y a eu des citoyens pour s’insurger contre certains films et pour défendre la morale.  

            En février 1913 le Royal Biograph Locomobile était de passage à Houlle. Dans son programme il y avait un film qui ne plaisait pas au maire de la commune « le terrible Bonnot ». Celui-ci fit intervenir les gendarmes pour interdire cette projection. Monsieur Loth, le directeur du cinématographe persista à présenter son programme dans le village. Le maire envoya un courrier au sous-préfet pour se plaindre. Il proposait d’enlever les autorisations aux ambulants qui donnaient des spectacles de ce genre et de saisir, s’il le fallait, leur matériel, leur roulotte et leur cheval. Il faisait valoir, que Houlle avait eu droit au passage de la bande à Pollet, et il craignait qu’un tel film ne développe auprès des spectateurs des idées criminelles. Le maire se plaignait également que le cinéma ambulant s’était arrêté dans la commune sans son autorisation. Il envoya le garde champêtre, un homme relativement âgé qui se fit rembarrer par le forain, et surtout par sa femme. Un habitant du village, le cabaretier Fichaux ne devait pas beaucoup s’entendre avec la municipalité, car, il décida de collaborer avec le forain et lui permit d’organiser ses projections dans son établissement. Le maire le qualifia de mauvais esprit et surtout « d’opposant au régime républicain ». 

 Le mercredi 12 juin 1918, Le Télégramme du Nord-Pas de Calais invective le responsable de la censure à Boulogne trouvant que celui-ci n’était pas assez sévère. Nous sommes alors en temps de guerre, et le rôle du censeur est alors primordial pour le bon moral tant des troupes que de l’arrière. Le journal lui reproche de « ne pas quitter les banquettes des établissements » et d’exercer ainsi son contrôle de manière laxiste.  

Au début du siècle, les responsables des paroisses n’aimaient pas le cinéma et ne se privaient pas de le faire savoir par le biais de leurs bulletins. Les critiques étaient essentiellement orientées sur le mauvais exemple donné par le cinéma à la jeunesse. Les films érotiques étaient visibles dans des établissements spécialisés.  

Les premières réactions vis-à-vis de l’érotisme sont apparues après la première guerre mondiale. Ainsi, l’Union des chefs de familles nombreuses s’est insurgée contre le film « Séduction » en 1930 à Tourcoing. Ses responsables s’étaient alors adressés au Ministre des Beaux-Arts. Les exploitants s’étaient pourtant montrés conciliants et avaient accepté de « voiler » une scène laissant « supposer » un accouchement. L’association avait alors obtenu le soutien de l’Union Féminine Civique et Sociale et de La Croix du Nord qui accorda une large place dans ses colonnes aux arguments de ces associations. On y fustigeait les entrepreneurs de spectacles qui faisaient preuve selon eux d’ignorance en matière de morale. On y comparait l’obligation faite d’une ordonnance pour obtenir des médicaments dangereux chez le pharmacien et la liberté d’autre part de « distiller dans le cœur de l’adolescence le poison de la débauche ». 

Lors de la sortie à Valenciennes du film de Dominique Bernard-Deschamps « le rosier de Madame Husson », l’Union des familles nombreuses et la fédération catholique s’insurgèrent contre cette adaptation d’une nouvelle de Maupassant. Bien que le film ait obtenu un visa, ils réussirent à le faire interdire. Monsieur Choquet, l’exploitant qui le programmait au Colisée fut heurté pour de bon et décida malgré tout de maintenir les projections. Il ne fut condamné qu’à une légère amende, mais le film fut quand même retiré. 

Le 16 novembre 1935, trois films licencieux étaient saisis dans une maison de tolérance au 2 de la rue des Casernes à Dunkerque. Celle-ci était tenue par Alice Berthe Brochant épouse Descombes. Un flagrant délit de projection de ces films a été constaté. Les services de police avaient reçu depuis quelques temps des doléances de certains capitaines de navires, de diverses personnes et d’autorités étrangères se plaignant « des spectacles obscènes qui se déroulaient dans cette maison. Les navigateurs y laissaient leurs soldes ou économies et la répercussion à l’étranger où les intéressés ne manquaient pas de vanter ce genre de spectacles n’était pas sans créer une atmosphère fâcheuse pour nos bonnes mœurs  ». 

« La bête humaine » de Jean Renoir fut probablement l’un des films qui a subi les assauts les plus virulents de la part des « biens pensants ». Ce fut le cas par exemple de la Fédération des Unions de familles nombreuses ( encore eux ) de Roubaix et environs qui était intervenue en 1941 auprès du directeur du cabinet du préfet de région. Cette association se proposait « d’intervenir énergiquement auprès du Secrétariat d’Etat à la santé et à la famille pour demander qu’une censure énergique soit exercée à l’origine et qu’elle rejette impitoyablement des films aussi malfaisants ». C’était pour eux le véritable remède à apporter à cet état de chose. En effet « la bête humaine » avait obtenu un visa de censure en bonne et due forme en contrepartie de quelques coupures. Certains exploitants de la ville de Roubaix avaient accepté à la demande de leur clientèle de ne pas programmer le film. Ce film mobilisait les foudres des puritains. Estimant insuffisant d’avoir alerté les autorités municipales, ils ont cru bon de s’adresser directement au préfet. Ils joignaient à leur courrier, une fiche d’appréciation du film sur laquelle on lisait : « Sombre drame crapuleux et passionnel. L’avoir porté à l’écran est une mauvaise action ». On pouvait lire aussi : « Du roman de Zola, on ne pouvait tirer qu’une œuvre  malsaine où l’adultère, la passion sensuelle et le crime tiennent les premiers rôles. Production ignoble. Jurons. Scènes de sensualités bestiales. Le meurtre de Séverine est horrible. Scènes de femme brutalisée par son mari. » Les signataires de ce pamphlet intransigeant étaient MM. Demeyre, Dewaele, Desmet, etc.           

            Durant l’été 1949, le gouvernement a déposé un projet de loi concernant la réforme de la commission de censure. Il y prévoyait notamment l’interdiction de certains films aux moins de 16 ans, le renforcement de la commission en y incluant des représentants des ministères et des professionnels. 

            A l’époque, l’association « film et famille » dont le siège se trouvait au n°3 de la rue Saint Genois à Lille, ne se montrait pas satisfait de ces changements. On trouvait dans l’association que l’interdiction aux moins de 16 ans était une publicité qui incitait les jeunes à aller voir ces spectacles. Ils estimaient également que le fait d'être adulte ne permettait pas de tout voir. Ils craignaient aussi que cette mesure ne donne « libre cours à l’imagination perverse de certains scénaristes ou producteurs ». Enfin, ils faisaient apparaître l’évidence que le respect de cette réglementation était incontrôlable dans les salles, en particulier en milieu rural. En ce qui concerne le renforcement de la commission, « film et Famille » s’insurgeait contre le fait qu’elle soit composée de professionnels qui ont des intérêts en jeu, alors qu’elle ne comprenait pas plus de deux personnes représentant « les milieux familiaux ». 

            A Bray-Dunes l’Abbé Wideau promit toutes les flammes de l’enfer à ses ouailles qui oseraient le sacrilège d’aller voir « trois jeunes filles nues ». Ce sermon eut plutôt pour effet de créer en engouement pour ce film et les plus de 16 ans s’empressèrent d’aller le voir tandis que les plus jeunes tentaient de se faufiler dans la file. A Bray-Dunes, le curé réussissait à attirer les foules au cinéma bien plus qu’à la messe.

 

La situation fut similaire à Bully-les-Mines. A l’occasion de la sortie de « la jument verte », les bonnes sœurs passaient dans les corons pour inciter les gens à ne pas aller voir ce film. Il n’y a jamais eu autant de monde au cinéma que ce jour là.

 

Lors du passage de « la grande bouffe », une dame de la bourgeoisie d’Arras scandalisée par le film alla trouver l’exploitant, M. Pierrepont, à la fin de la séance. « Monsieur, si je n’avais pas été au milieu d’un rang, je serais sortie ». L’exploitant ne se laissa pas démonter et lui répondit  du tac au tac « madame, vous saviez ce que vous veniez voir, vous êtes venue pour ça ».

 

En 1970, les exploitants du Variétés d’Aulnoye ont décidé, comme beaucoup d’exploitants à l’époque, de programmer des séances de nuit avec des films érotiques. Le cinéma était à l’époque le seul moyen pour le public de voir ce genre de spectacle et de nombreux spectateurs assistaient à ces séances de nuit qui, par ailleurs ne coûtaient pas cher en location. Le premier film érotique programmé à Aulnoye était « la religieuse de Monza ». L’affiche du film représentait une religieuse nue. Des citoyens froissés par ce « léger » détail firent une pétition auprès du maire communiste, Pierre Briatte. Celui-ci leur répondit : « Cela est un vice capitaliste. Si cela ne vous plaît pas, alors changez de régime politique et laissez le cinéma travailler à sa guise ».  

Au Familia de Comines, géré par l’équipe de la paroisse, le cinéma exerçait un auto-contrôle sur les films et éliminait ainsi les scènes dites osées, qui paraîtraient actuellement bien innocentes.  

            M. le Curé accompagné d’un groupe de plusieurs paroissiens visionnait les films qui arrivaient à Bousbecque en séance privé et demandait d’éventuelles coupures supplémentaires au projectionniste. Un baiser trop long était pour eux répréhensible. 

A Haubourdin, un comité paroissial visionnait les films lors de leur arrivée afin de s’assurer qu’ils convenaient au public. Les films de Max Linder et de Rigadin étaient supprimés parce qu’ils montraient des scènes galantes. Certains passages étaient coupés. Les opérateurs, les recollaient consciencieusement après la séance du dimanche. Le clergé de la ville déconseillait vivement aux Haubourdinois de fréquenter le cinéma concurrent. Il s’était entre autre égosillé contre le passage du film « l’amant de la lune »... Lorsque L’abbé Droulers, le responsable de la salle fut muté à Wasquehal, son remplaçant Gabriel Bossut estimait qu’il ne fallait pas recoller les parties censurées pour éviter que « le scandale ne se propage dans d’autres lieux ». Lorsqu’il passa le film de Maurice Tourneur, « l’île des navires perdus » qui comportait des scènes dans les bas fonds de Mexico, il alla jusqu’à en couper 80 m, ce qui représentait environ quatre minutes du film. Parfois, une scène de baiser jugée correcte pour les adultes, ne l’était pas pour le jeune public. L’Abbé Bossut, montait jusqu’au dernier rang des gradins et mettait sa main devant la lucarne du projecteur pour cacher le plan incriminé. Comme ils avaient pour consigne stricte de ne pas recoller les morceaux, les opérateurs gardaient les passages coupés et se confectionnaient leur propre bobine qu’ils visionnaient entre eux en prenant pour prétexte de nettoyer les appareils. La concierge du patronage faisait aussi partie du comité, et veillait au grain. Un jour, elle les surprit en pleine projection illicite. Elle courut prévenir le curé. Celui-ci fonça sur son vélo en direction des délinquants, s’empara de la bobine du « diable » et y mit le feu au milieu de la cour.  

En mars 1936, le Capitole à Lille fut contraint de retirer « la Garçonne » par les étudiants de l’université la Catho qui manifestent également par des cris à la projection des actualités. Dans son rapport  M. Coquet, le commissaire de police du 4ème arrondissement écrivait : « Je me suis rendu hier soir [13 mars 1936 ] au cinéma « le Capitole », rue de Béthune, pour y assister à la projection du film « la Garçonne ». Une soixantaine d’étudiants des Facultés catholiques avaient  pris place en bloc dans la salle. Dès la projection des actualités, il devint évident qu’ils étaient venus pour manifester. Ils conspuèrent copieusement les hommes politiques de gauche tandis que l’apparition de M. Mussolini et même celle du chancelier Hitler étaient saluées d’applaudissements. Dès les premiers mètres de la bande de « la Garçonne », ce fut de la part de ces jeunes gens un vacarme de huées soulignées par les sifflets à roulette. Après quelques minutes d’interruption, la projection reprit dans une demi-obscurité, ce qui permit de voir les perturbateurs à coup sur. » 

Parfois, ce n’était pas les films qui étaient censurés, mais les salles. Ainsi, toujours à Lille, l’Omnia était considéré comme le cinéma à soldats. L’Eden, la salle voisine du Familia était surnommée le                      « baisodrome », tout un programme. La conception de la salle facilitait la tâche aux amoureux. Il était même déconseillé aux « femmes honnêtes » d’y aller seules. 

            Saint-Pol-sur-Mer a connu un directeur de cinéma énergique réagissant avec force face au puritanisme ambiant. En 1935, certains Saint-Polois, grands défenseurs de la morale reprochaient à l’exploitant du cinéma Le Carnot, Fernand Dewas, la légèreté des scènes de certains films qu’il programmait. Lorsqu’il proposa à l’affiche « Lucrèce Borgia » dans lequel Edwige Feuillère s’effeuille, le comité local des familles bien pensantes exigea de Fernand le retrait de ce film « démoniaque ». Il refusa catégoriquement. Le président du comité créa une émeute lors de la première projection en essayant d’empêcher les spectateurs d’entrer. Fernand à bout de patience traversa le hall à la manière de Don Camillo, les poings serrés, et c’est de la même façon énergique qu’il régla le problème. Lorsque les policiers arrivèrent sur les lieux,  ils ne purent que constater que le malheureux puritain terminait de compter les chandelles lui tournant autour de la tête. 

Dans les années cinquante, tout Thumeries appartenait à la famille Béghin. Quatre vingt dix pour cent des maisons étaient la propriété de l’entreprise qui exerçait un véritable paternalisme. Le film « les grandes familles» de Denys de La Patellière avec Jean Gabin sorti en 1958 évoquait l’histoire de Thumeries et de sa sucrerie. Un représentant de la direction Beghin est venu discrètement faire comprendre à l’exploitant du Foyer qu’il n’était pas souhaitable que le film soit programmé. Ironie du sort, la famille avait des liens directs avec le cinéma puisque Mme Malle-Beghin était la maman du grand réalisateur Louis Malle. Elle avait entendu dire que le cinéma baissait et elle était alors venue voir le responsable, M. Carpentier, pour savoir s’il allait faire le voyage de fin d’année qui était payé avec les excédents du cinéma. Celui-ci croyait bien faire en évoquant un film de son fils qui marchait très fort à l’époque. Elle lui répondit directement : « Ne me parlez pas de ce perverti !! ». 

Le distributeur du film « les Dix Commandements » contacta un jour le Foyer pour annoncer qu’il ressortait le film avec des copies neuves. La salle étant à l’origine une salle paroissiale, Fernand Carpentier se dit qu’il n’aurait pas de mal à convaincre les curés de la bonne influence de ce film sur le salut des âmes. Il contacta l’abbé Plate, celui de Wahagnies qui avait interpellé Fernand en lui reprochant de programmer des films pornos. Celui-ci lui répondit : « Vous comprenez, le Jésus hollywoodien ne m’intéresse pas trop ». Il accepta tout de même d’amener les enfants du catéchisme. Le jour de la projection il arriva avec deux enfants. « Il n’y a que deux enfants qui se sont inscrits » dit-il à Fernand. Celui-ci pas très heureux de la farce lui répondit du tac au tac « ah ! Vous vous étonnez que je passe des films pornos, alors que vous curé vous n’arrivez pas à faire venir les enfants à un film religieux ! ». Le brave curé se demandait quelle clientèle venait voir ce genre de films. Fernand lui proposa de venir voir. Quand il est venu, il eut la surprise de reconnaître quelques-uns uns de ses fidèles paroissiens ! 

L’AFFAIRE BRIGITTE BARDOT 

            En 1961 fut créée la Commission nationale de censure des affiches cinématographiques. Le premier jugement qu’eut à rendre cette commission se fit le 1er mars de cette même année et concernait le film « La bride sur le cou » avec Brigitte Bar dot. Ce film devait être le premier long métrage de Jean Aurel. Un conflit entre le réalisateur et l’actrice, fit que ce fut Roger Vadim qui prit la relève au pied levé. 

            L’affiche du film qui représentait BB en bikini avait choqué les associations familiales du département du Nord.  Une plainte fut déposée et M de Quental, exploitant le Palace à Cambrai, fut convoqué au Tribunal de police pour avoir placardé cette affiche, le rendant ainsi coupable « d’outrages à la décence ». Le fait qu’une commission composée de fonctionnaires de la Justice et de l’Education nationale, de prêtres et même de représentants des associations plaignantes n’empêcha pas le juge, M. Faugeroux de condamné l’exploitant  à une amende de 200 francs à partir d’un jugement comprenant quatorze pages d’attendus. En voici quelques extraits :

-          Attendu que l’affiche incriminée est un agrandissement photographique de l’actrice Brigitte Bardot, debout dans la positions hanchée de la « Source » d’Inges, entièrement dévêtue, à l’exception d’un mince cache sexe, les mains croisées sur la poitrine dans le geste d’une nymphe surprise.
-          Attendu que le visage de l’actrice n’exprime toutefois pas la confusion mais sous deux yeux effrontés, une moue qui pour être enfantine ne laisse pas d’être équivoque…,
-          Attendu encore qu’à l’exception du côté droit, où la trame plus serrée du cliché accuse les contours extérieurs et le déhanchement suggestif, le corps est traité en très légère demi-teinte, le cache-sexe qui dissimule la région pubienne se distingue à peine du ventre délicatement modelé sur lequel l’ombilic se distingue avec la précision d’une planche anatomique et le fini d’un bijou,
-          Attendu qu’une femme dévêtue sur la plage ou dans une piscine n’est pas indécente, mais que, si elle se promène dans la rue dans la même tenue, elle est indécente. Or l’affiche a été apposée dans la rue et par suite, il suffit d’imaginer qu’à sa place il y a le personnage réel… 

            Le juge justifia ainsi sa condamnation :

            Attendu que l’octroi de ce visa constitue, en toute hypothèse, une autorisation administrative et non la permission de la loi… et qu’une jurisprudence constante administrative n’efface pas le caractère délictueux d’un acte… La preuve en est que certains films qui avaient obtenu le visa de la commission de contrôle ont tout de même été interdits par plusieurs municipalités…  

            Cette affaire bénéficia des échos de la presse qui porta  en dérision les excès de pudeur des acteurs de ce drame, notamment « La voix du Nord », « Nord Matin », « France Soir », « Paris Presse », « Le canard enchaîné » etc. Les chansonniers du « Grenier de Montmartre » n’ont pas manqué d’ironiser sur le sujet. Quelques feuilles de choux ont apporté leur soutien à la répression. Malgré des pressions exercées sur M. de Quental, celui-ci décida de faire appel.  

            La cour d’appel de Douai annula le jugement du tribunal de Cambrai. 

            Elle fit valoir qu’il y avait un visa de censure pour cette affiche et que de ce fait, M. De Quental ne pouvait être sanctionné pour ce que permettait la loi. Cette commission était composée de membres qualifiés, nommés par le ministère et par des représentants des associations familiales. Et enfin, ce qui n’était pas indécent dans les autres villes du pays, ne pouvait l’être à Cambrai. 

            Cette affaire embarrassa sérieusement les membres de la nouvelle commission de Censure des affiches cinématographiques.  M Touzery, vice président de cette commission, fit le commentaire suivant : « Nous avions, en effet, accordé le visa à cette affiche. Il portait même le numéro un, car c’était le premier jugement qu’eût à rendre, le 1er mars 1961, notre commission qui venait d’être créée ». Celle-ci comprenait 23 membres choisis parmi des fonctionnaires, des cinéastes, des prêtres et des représentants des associations familiales. L’association familiale de Paris avait déjà protesté, mais les choses n’étaient pas allées si loin. En fait, M Touzery se justifie ainsi : « De crainte d’être jugés ridicules, nous avons eu beaucoup d’indulgence et nous l’avons laissé passer. Il semble que le producteur de « La bride sur le cou » ait profité de cette indulgence. Il a fait inscrire dans un coin de l’affiche : Avec l’autorisation de la commission de contrôle des films cinématographiques, et dans un petit rond : ce visa porte le N°1, ce qui est de nature, je pense à aggraver les choses ». 

            Et si la législation avait été simplement un peu plus souple ? Le producteur n’aurait pas pu en profiter et n’aurait certainement pas réussi une aussi bonne promotion pour son film. Certains feraient bien d’y penser en 2008.

 

               

 

- Publié dans : CINEMA
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Samedi 5 avril 2008

 

            Je n’ai pas résisté à l’envie de vous faire partager ce magnifique poème que j’ai lu dans « Sciences et avenir » d’avril 2008.

 

VACHKIRIT

 

De Gérard Mahut

 

Un mufle sympathique, de petits yeux coquins,

Une chaude fourrure aux tons crème et rouquin,

Des cornes conquérantes et, surtout, ô merveille,

En guise de bijoux, pendant à chaque oreille,
La boîte bien connue du célèbre fromage
Qui, a réduite échelle, offre aussi en image :

Un mufle sympathique, de petits yeux coquins,

Une chaude fourrure aux tons crème et rouquin,

Des cornes conquérantes et, surtout, ô merveille,

En guise de bijoux, pendant à chaque oreille,

La boîte bien connue du célèbre fromage

Qui, a réduite échelle, offre aussi en image :

Un mufle sympathique, de petits yeux coquins…
On pourrait décliner dix fois, vingt fois, cent fois,

Recycler ce couplet durant des jours, des mois :

Il surprend votre esprit et tout droit le dirige

Vers ce grand infini qui donne le vertige…

 

Reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur.

 

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Samedi 5 avril 2008

ECHANGE MINUTE À LA SNCF

 

            Comme son nom l’indique, l’échange minute est prévu pour changer un billet de train en quelques instants, généralement, pour prendre celui qui précède lorsqu’on arrive à la gare en avance.

 

            Il se trouve que très souvent, l’échange est refusé car le tarif n’est pas le même (plus élevé évidemment). Alors là, la machine aussi « géniale » que ceux qui l’ont programmée, nous invite à passer au guichet. Mais comme le temps d’attente aux guichets de la SNCF est facilement d’une demi heure, il y aura belle lurette que le train qu’on voulait prendre sera parti et on risque même de rater celui qui était initialement prévu.

 

            Cette réponse est d’autant plus bizarre, qu’il m’est déjà arrivé de faire un échange avec le même genre de machine et qu’il m’était précisé que j’aurais un supplément à payer dans le train au contrôleur.

 

            Qui a dit « Nous vous donnerons envie de prendre le train » ?

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Samedi 5 avril 2008

 ABUS DE POUVOIR DES CONTROLEURS DU TRAVAIL :

 COMMENT VOUS DEFENDRE ?

             Par un beau matin ordinaire, vous vaquez comme d’habitude à vos tâches professionnelles. Un de vos collaborateurs vient vous annoncer la venue d’un contrôleur du travail. Il y a alors deux scénarios possibles.

 1)                 Dans le premier cas, se présente à vous, un homme ou une femme, courtois, poli, qui vous montre sa carte, qui vous explique les raisons de sa visite et qui vous demande certains documents : registre du personnel, cahier des délégués, contrats de travail, etc. Dans ce cas, la meilleure conduite à tenir est le même type de comportement que votre interlocuteur ; de lui présenter tous les documents qu’il demande ; de lui faciliter l’accès à tous les lieux qu’il désire visiter ; d’écouter et prendre en compte ses conseils. Acceptez sa visite comme une aubaine car il peut vous aider efficacement à vous mettre en conformité avec la nébuleuse législation du travail. Ne vous faites pas d’illusions, malgré toutes les précautions que vous aurez prises, il sera toujours possible de vous prendre en défaut. Les technocrates qui nous gouvernent ont tellement complexifié les textes de lois, que même les spécialistes : avocats, DRH, inspecteurs du travail ne s’y retrouvent pas eux-mêmes sans consulter des tonnes de livres et de documents. Et encore ! Même avec ça, ils se trompent aussi. Il n’y a que les juges en cassation qui s’y retrouvent mais personne ne sait comment ils font.

 2)                 Dans le second cas, ça se corse. C’est madame Couenard ou une de ses acolytes qui franchit le seuil de votre entreprise[1]comme un Alien qui débarquerait dans votre vaisseau spatial. Si vous ne déjouez pas ses attaques, elle transformera votre matinée en enfer, ainsi que les mois qui suivront. Madame Couenard[2] est membre d’un syndicat d’extrême gauche, adhérente à une association affiliée à ce syndicat et son idéologie prend le pas sur toute forme de pragmatisme. Pour elle, tout chef d’entreprise, quel qu’il soit, est un vil exploiteur. Elle vient donc chez vous pour « bouffer du patron ». Méfiez-vous, car son objectif est de vous mener tout droit au délit de blocage. Mais commençons par le début.

 Dès son arrivée, elle est agressive avec le personnel d’accueil, son ton est péremptoire. Si elle peut, elle forcera la porte de votre bureau. Elle ne demande pas, elle ordonne. La courtoisie de votre part n’est plus de rigueur, mais le calme et le contrôle de soi sont indispensables.

 

 

Après avoir consulté le registre du personnel et le cahier des délégués, si elle ne trouve rien d’anormal, l’une des premières choses qu’elle demandera est le dossier d’évaluation des risques, car ce truc obligatoire et inutile, peu de petits employeurs en ont connaissance ou y accorde de l’importance. Ça y est, elle a trouvé une faille ! Le spectre du procès verbal est brandi contre vous. Elle jouit de constater votre déstabilisation. Encouragée par cette victoire, elle cherchera autre chose, quitte à inventer. Elle vous reprochera d’avoir utilisé un cahier d’écolier comme registre du personnel et vous affirmera sans vergogne que c’est illégal.[3] Vous vous énervez. Votre secrétaire vous soutient. Le ton monte et ça y est vous perdez votre contrôle. De colère, vous refusez de lui communiquer les autres documents qu’elle vous réclame. Elle a gagné, vous avez perdu : Délit de blocage.

 Il faut que vous sachiez que dans la majorité des cas le contrôleur du travail surgit chez vous suite à une délation ou un mouchardage. Dans la tête de Madame Couenard, c’est le délateur ou le mouchard qui a raison et vous n’êtes qu’un sale exploiteur. Elle ne se gênera pas d’interpréter les textes de manière erronée pour vous donner tort. J’ai été une fois confrontée à ce genre d’attitude. Elle avait interprété un texte de la convention collective, malgré les avis contraire de mon syndicat employeur. J’avais le sentiment d’avoir en face de moi un délégué syndical et non pas une fonctionnaire de l’état.

 Maintenant que vous avez vu comment ne pas tomber dans le piège du délit de blocage, que vous évitez ainsi une lourde peine en correctionnelle et des dommages et intérêts à verser à votre « honorable » visiteuse qui fera le jeu de la victime éplorée, voyons comment vous pouvez agir contre les abus de pouvoir de cette personne.

 Vous avez donc trouvé que Madame Couenard poussait le bouchon trop loin mais vous n’osez pas réagir car on vous dit partout que les contrôleurs du travail ont tous les droits et que vous ne pouvez rien faire. C’est faux ! La France n’est pas encore la Chine.

La première démarche à entreprendre est de contacter la hiérarchie de Madame Couenard : Inspecteur du travail, voire directeur départemental. Ces personnes ont généralement des mentalités plus évoluées que les petits chefs qui débarquent intempestivement dans votre établissement. Elles sont sensibles à la réputation de leur administration et s’efforcent d’entretenir des relations courtoises avec les employeurs. Exposez leur les faits sans interprétations et exprimez vos questionnements. Au préalable, prenez la précaution de faire en sorte que des membres de votre personnel aient été témoins des agissements du contrôleur. Quatre-vingt-dix pour cent de vos salariés seront aussi choqués que vous par les méthodes de cow-boys de certains.

 La plupart du temps, le fait de faire appel à la hiérarchie suffit à calmer les ardeurs répressives de Mme Couenard. Il est probable qu’à sa prochaine visite, si elle revient, elle change complètement d’attitude. Sachez que pour faire un procès verbal, un contrôleur du travail doit obtenir l’aval de la hiérarchie. Ceci rend la stratégie que je viens de vous proposer d’autant plus pertinente, car l’inspecteur du travail est souvent amené à calmer les ardeurs répressives des contrôleurs.

 Si toutefois, cela ne suffit pas, vous pouvez encore faire appel au ministère du travail ou au tribunal administratif. Ne négligez pas non plus votre syndicat professionnel. Les syndicats ont des services juridiques qui pourront estimer le bien fondé du point de vue du fonctionnaire trop excité.

 Réclamez toujours les références des textes légaux sur lesquels le fonctionnaire appuie ses affirmations. Une fois sur deux vous le mettrez dans l’embarras.

 Sachez aussi que si vous êtes obligé de présentez tous les documents demandés, rien ne vous oblige à fournir des photocopies et encore moins à laisser sortir un document de votre établissement. Personnellement, j’ai opté pour accorder les photocopies aux contrôleurs polis et courtois. Je fais payer les autres. Cela les gêne car ils doivent avancer l’argent et les formalités à accomplir pour se faire rembourser sont compliquées. Quant à la sortie des documents, je l’ai accepté une fois, je ne le ferai plus jamais.

 Si vous avez à faire à un teigneux exceptionnel, vous pouvez faire venir un huissier. Ils n’aiment pas ça du tout. Je l’ai fait en 2005 et ça m’a valu une audience en correctionnelle pour délit de blocage. Le tribunal d’Arras m’a relaxé. Voici un extrait du jugement : …d’avoir à Arras et en tout cas sur le territoire national, le 25/01/2005 et depuis temps non couvert par la prescription mis obstacle à l’exercice des fonctions de S et M, inspecteurs ou contrôleurs du travail en ayant confié mission à un huissier de justice d’assister aux opérations de contrôle, ce dans le but de se protéger de toute nouvelle « accusation injustifiée », et en ayant empêché la communication immédiate de pièces dans l’attente de l’arrivée dudit huissier, ainsi qu’il résulte du procès-verbal dressé par les contrôleurs du travail en cause…. Attendu qu’il résulte du dossier et des débats que la preuve de la culpabilité de Monsieur Granval Daniel n’est pas établie du chef d’entrave à l’exercice des fonctions d’un inspecteur ou contrôleur du travail ; qu’il convient donc de le relaxer de ce chef de poursuite…  Le tribunal s’est appuyé d’une part sur le fait qu’un huissier de justice est un officier du ministère public et sa simple présence pour un constat ne peut pas constituer un délit de blocage. D’autre part, le constat établi par cet huissier précisait qu’à son arrivée vingt cinq minutes après les contrôleurs, ceux-ci étaient installés à une table et consultaient des documents qui leur avaient été remis. Il n’y avait donc pas refus de communiquer les documents dans l’attente de l’arrivée de l’huissier. Comme quoi la précaution d’appeler des témoins n’est pas inutile.

 Je ne conseille les services d’un avocat qu’en cas de poursuites judiciaires suite à un procès verbal.

 L’utilisation des moyens et des stratégies que je vous ai exposées devrait résoudre 99 % des cas, dans la mesure où vous n’avez pas délibérément violé la loi. Dans ce cas, c’est un autre problème, à vous d’assumer vos responsabilités. Sachez quand même, qu’en 2008, la clé du bonheur, c’est de travailler à son compte, sans avoir de salariés. A vous de choisir.

 En 2004, seulement 20 % des procès verbaux entraînaient des poursuites judiciaires. Les procureurs relativisaient les abus de certains contrôleurs qui passaient directement à la répression sans passer par les cases « informations » ou « avertissement ». L’assassinat de deux fonctionnaires a créé un mouvement émotionnel qui a été exploité par les « Couenard et compagnie » pour tenter d’influencer la justice à plus de sévérité vis-à-vis des employeurs. Des consignes en provenance du Ministère de la Justice ont probablement contribué à augmenter le nombre de poursuite en 2005 et 2006. Heureusement, il semble que nous soyons revenus actuellement à des proportions plus raisonnables.



[1] Voir les articles suivants :

-          Agresseurs ou agressés (22/10/2006)

-          Qui sont les Couenard (22/10/2006)

-          Si vous n’êtes pas content (05/03/2005).

[2] Ça peut tout aussi bien être un Monsieur, mais dans mes scénarios, M. Couenard est un policier répressif.

[3] Cela est arrivé à un garagiste dans la région d’Arras. Voir l’article « Agresseurs ou agressés ».

- Publié dans : daniel.granval
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Mardi 18 mars 2008

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- Publié dans : Mes livres
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