Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 18:47

En 1969 j'avais mon permis de conduire et j'avais quitté Lievin pour un centre de délinquants à Oxelaere, un petit village au pied de Cassel, l'un des monts des Flandres. Mon emploi du temps et la voiture me permettaient de reprendre plus régulièrement mes activités au Familia. Christian, un nouveau, venait d'arriver. Je le connaissais bien, il avait participé à des colonies de vacances dans lesquelles j'étais moniteur. C'était un gars doué en électronique et il se trouva tout de suite à l'aise avec le matériel de la cabine. J'étais chargé de le superviser lors de la projection d'un dimanche après-midi. Voyant comment il s'était débrouillé avant l'entracte, je descendis voir le film après lui avoir montré comment fonctionnait l'appel au secours en cas de problème. Il y avait sur la scène une rampe d'éclairage qui comportait des lumières rouges. Quand un projectionniste avait besoin d'aide il l'actionnait et nous montions à son secours. Christian était mort de trouille, mais il se débrouilla très bien. De nos jours encore, il raconte régulièrement cette anecdote à qui veut bien l'entendre.

Le cinéma Arc en Ciel à Lille

Le cinéma Arc en Ciel à Lille

Chaque année M. Laune nous proposait de l'accompagner à l'Assemblée Générale de l'OTCF. Cela se passait au cinéma l'Arc en Ciel, qui était situé dans le quartier de Wazemmes, à Lille. La première fois j'y suis allé seul avec lui. Mon métier d'éducateur, qui impliquait des horaires en soirée et le week-end, offrait en contrepartie une certaine souplesse qui permettait de se libérer la journée. Par la suite nous étions trois ou quatre, dont l’inénarrable Roger. La matinée commençait par une messe. M. Laune avait la bonne idée de nous en dispenser et nous arrivions à 11h pour la réunion de travail. Après les habituels rapports moraux, d'activités et financiers, M. Verheye, qui présidait cette réunion, nous faisait part des difficultés qu'il rencontrait pour obtenir des films qui satisfassent aux exigences des adhérents. Les distributeurs pratiquaient le block booking, une pratique qui consistait à imposer des films secondaires qui attiraient peu de spectateurs pour pouvoir programmer un film à succès. L'OTCF ayant perdu de sa puissance, il avait de plus en plus de mal à obtenir des films. Je le soupçonnais d'exagérer ces difficultés. Il y avait encore plusieurs dizaines d'adhérents et cela représentait quand même un intérêt pour les distributeurs lillois qui pouvaient négocier avec un seul interlocuteur pour un nombre de cinémas important. Le problème c'est que nous étions nombreux à obtenir des résultats médiocres avec des films secondaires. Cela incitait certains distributeurs à imposer des minimums garantis. La rétribution des distributeurs qui était fixée en pourcentage se transformait ainsi en forfait. M. Verheye avait trouvé une astuce. Il ne nous programmait pas certains films inclus dans le bloc-booking, et après quelques mois il négociait leur remplacement par des bonnes reprises : « Fantômas », « Il était une fois dans l'ouest », etc. Tout le monde s'y retrouvait. L'exploitant comme le distributeur obtenaient de meilleures recettes.

Philippe Caron à l'entrée du Foyer à Bousbecque

Philippe Caron à l'entrée du Foyer à Bousbecque

Après la réunion il y avait un repas. M. Pelcener, qui était exploitant à St André, prés de Lille, et aussi fournisseur de confiseries, faisait part des nouvelles innovations et des nouvelles pratiques dans le domaine de l'exploitation. M. Laune et surtout Roger étaient complètement hermétiques à ces arguments. Lors de l'un de ces repas nous nous sommes retrouvés à table avec Philippe Caron et sa compagne. Ils étaient responsables du cinéma Le Foyer à Bousbecque. Ce cinéma était associatif comme le notre et fonctionnait avec plusieurs dizaines de bénévoles. Ils étaient particulièrement attentifs à l'évolution des salles et parlaient avec enthousiasme de la dynamique qu'ils apportaient à leur cinéma. Ils développaient la vente de confiserie qui était une recette annexe considérable. A Merville il n'y en avait pas. Ils projetaient plusieurs films par semaine. A Merville il n'y en avait qu'un. Ils ajoutaient des séances en semaine. A Merville c'était toujours limité au samedi et dimanche. Ils programmaient des projections pour enfants le mercredi, le dimanche à 15h30 et aux vacances. A Merville, rien de tout cela. Ils acceptaient d'augmenter le nombre de séances pour les gros films à succès, ce qui rendait les distributeurs plus enclins à leur fournir les copies plus rapidement. A Merville, toujours traumatisé par l'expérience de Ben Hur, M. Laune ne vouslait pas en entendre parler. Ils organisaient des séances de groupes, scolaires, centres aérés. A Merville, depuis la fermeture du Modern ça n'existait plus. M. Laune et surtout Roger se moquaient d'eux. Ils les prenaient pour des illuminés. Et pourtant aujourd'hui, plus de quarante ans après, Le Foyer de Bousbecque existe toujours. C'est encore une salle associative avec soixante bénévoles. C'est toujours Philippe Caron et son épouse qui le dirigent.

 

Après le repas, la journée se clôturait par la projection d'un film mis à disposition par un distributeur. Une fois, vers la fin des années soixante, M. Verheye avait proposé un film d'un jeune réalisateur, Claude Lelouch. Ce film fut primé à Cannes. Il voulait l'avis des adhérents de l'OTCF pour une éventuelle programmation dans le réseau de salles. Pour M. Laune il n'en était pas question, chabadabada, il y avait des scènes d'étreintes. Il pensait que je n'avais pas compris de quoi il s'agissait.

  • Mais, on ne voit presque rien, rétorquai-je. Les images sont discrètes.

  • Chabadaba, pas question, « Un homme et une femme » ne sera pas programmé au Familia.

 

Il fut projeté au Modern qui était encore ouvert quand le film est sorti.

LE CINEMA ET MOI Ch 5 : La période militaire

« Il faut faire son service militaire pour être un homme », disait maman. Franchement, elle avait parfois des idées stupides ma mère. De toute façon, n'ayant pas réussi à les convaincre de mon inaptitude, il a bien fallu que j'y aille. Que le lecteur se rassure, il n'est pas dans mes intentions de lui faire subir les anecdotes débiles de ma vie sous les drapeaux. Je ne fais pas partie de ceux qui se consolent et se croient malin en racontant à tout va les bonnes blagues qu'il ont fait aux gradés et les bonnes planques qu'ils ont obtenues. « Celui-là, je l'ai bien eu, disent-ils, ils m'ont mis au mess, j'étais planqué. Planqués ou pas, on nous a volé une année de notre vie et c'est clair que c'est nous qui avons été estampés. Donc, après deux mois de classes à Toulon où nous avons vécu une bonne partie en reclus, me voilà affecté à Djibouti. « C'est comment Djibouti Sergent ?

  • Le soleil en haut, le sable en bas.

 

Je partais donc en mars 2011 dans un DC6 qui devait m'emmener vers le soleil en haut et le sable en bas. Côté soleil, je n'ai pas été déçu. C'était du 40 à 50° degrés à l'ombre, pratiquement jamais de nuages, et la pluie deux ou trois fois maximum dans l'année.

 

Pour ce qui est du ciné c'était moins folichon. Nous avions de temps à autre un film à la caserne. Un gars venait avec un projecteur 16 mm installé sur un camion. La projection se faisait à l'extérieur. Nous étions proche de l'équateur, la nuit tombait rapidement. Nous amenions notre tabouret et notre polochon. Le tabouret était couché, le polochon était coincé entre les pieds de l'ustensile. C'était presque un transat. Je ne sais plus les films que j'ai vus, mais c'était toujours un bon moment.

 

En ville il y avait deux cinémas. Les projections se faisaient en plein air. Les cinoches étaient constitués d'un haut mur d'enceinte, une cabine et un très large écran. On se doute qu'il n'y avait pas de projection dans la journée, mais c'était possible à partir de 18h. Je n'y allais pas souvent car les billets d'entrées étaient onéreux pour mon budget de bidasse. Les copies venaient de la métropole par avion. Cela devait augmenter sensiblement les charges des exploitants.

Un cinéma de Djibouti en 1971

Un cinéma de Djibouti en 1971

C'est à l'armée que j'ai vu mon premier film porno. Cela n'existait pas dans les cinémas. Tout au plus des films érotiques étaient projetés dans des salles spécialisées. « Emmanuelle » n'était pas encore sorti, « Gorge profonde » non plus. Aujourd'hui avec internet ces films sont à la portée de tous. En ce temps là ça ne se trouvait pas facilement. Cette projection mémorable s'est faite à Arta, à quelques dizaines de kilomètres de Djibouti où j'effectuais une colonie de vacances pour les enfants des militaires. A la colo, nous avions un projecteur 8 mm avec lequel nous projetions des « Charlots », des « Laurel et Hardy » pour les enfants. Nous avions comme voisin un Corse. C'était aussi un appelé, mais je ne sais plus trop ce qu'il faisait là. Ce dont je me souviens, c'est que c'était un sacré boute en train et que nous passions régulièrement nos soirées avec lui après le coucher des enfants. Nous l'invitions régulièrement à notre cinquième repas et il ne manquait jamais d'y apporter des choses bien agréables à déguster. Il avait récupéré, je ne sais où, une copie 8mm d'un film pornographique qui durait une dizaine de minutes. Nous l'avons projeté de multiples fois, à l'endroit et à l'envers. Cela ne changeait d'ailleurs pas grand chose à l'histoire. C'était le seul aspect culturel que m'ait apporté l'armée.

 

Les dernières semaines de ma période militaire étaient plus propices pour le cinéma. Quand nous effectuions notre service en outre-mer nous avions droit à un mois libérable du fait que nous n'avions pas bénéficié de permissions. Ceci réduisait en principe notre période d'obligations à onze mois. Je dis bien en principe, car ce n'était pas mon cas. Comme j'avais effectué quarante jours de gnouf, je devais faire vingt jours de rab. On pratiquait déjà la double peine en ce temps là. Nous étions deux du Nord dans cette situation. L'autre était un gars de Lens avec qui je m'entendais très bien. Nous nous étions mis d'accord pour laisser notre paquetage à notre domicile, et c'est vêtu en civile, les mains dans les poches que nous nous sommes présentés gentiment, souriants, à la caserne Kléber à Lille. Le capitaine était compréhensif, et il avait d'autres soucis que de s'occuper de nous. Il jugea inutile de nous octroyer un équipement pour vingt jours. Nous fûmes installés dans une chambre de « passagers » en compagnie d'un déserteur et d'un biffin. Le capitaine ne nous embêtait pas et nous ne l'embêtions pas non plus. Nous pouvions sortir tous les jours et partir en permission tous les week-ends. J'en profitais pour rattraper le temps perdu et voir plusieurs films chaque jour dans les salles lilloises. Avec les tarifs préférentiels accordés aux militaires dans les cinémas je pouvais en profiter largement.

 

Dès ma libération je reprenais mes activités au Familia.

Le Ritz à Lille

Le Ritz à Lille

Partager cet article

Repost 0
Published by Daniel Granval - dans CINEMA
commenter cet article

commentaires

BN 11/03/2017 18:19

deux cinéma aussi dans les années 60 /70 le Ciné Capri place Louise de Bettignies
et le Pax rue négrier à lille

Daniel Granval 11/03/2017 22:46

Bonjour BN. Merci pour ces informations. Celui de la rue négrier, je n'ai pas connu. Il me semble que c'est une rue à proximité de la rue du peuple Belge. Je crois que c'est là que j'ai fait mes 20 jours de rabe à l'armée. C'était en 1972, il devait déjà être fermé. Le Ciné Capri, ça ne me dit rien. Si vous avez des informations et des images sur ces deux cinémas, je suis preneur. Bien à vous. DG