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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 10:09

Il y a un siècle, Raymond Poincaré rejoignait le roi George V d'Angleterre qui avait établi son quartier général à Merville. Voici comment le chef de l'état de l'époque relate cette visite.

Mardi 1er décembre 1914

Le matin, départ en chemin de fer,pour Saint-Omer. Viviani seul m'accompagne, avec le général Duparge et le colonel Pénelon. Nous arrivons à une heure. Le général Joffre, venu de son côté, nous attend sur le quai de la gare. Nous montons en automobile et nous nous rendons à Merville où se trouve le quartier général d'une division anglaise et où le roi George V nous reçoit dans une maison particulière, réquisitionnée par les troupes britanniques. Il porte un uniforme de campagne, pareil à celui du maréchal French, drap gris jaune, molletières, képi dont la visière est ornée de deux palmes d'or. Il me remercie aimablement d'être venu, me présente ses officiers et m'invite à m'asseoir à côté de lui, dans une automobile découverte, pour aller passer ses troupes en revue. Elles ont été, en grande partie, retirées des tranchées et échelonnées en deux files séparées, placées l'une en face de l'autre, de chaque côté des routes. Nous passons à vitesse ralentie entre ces deux rangs immobiles ; les officiers saluent ; les hommes, à la différence des Français, poussent des hourras. Dans toutes les localités que nous traversons, Merville, Hazebrouck, Estaire, les habitants massés nous acclament. Le roi est, comme toujours très affable et nous causons librement des émotions que nous avons éprouvées depuis quelques mois. Il paraît très satisfait que les Allemands ne soient pas venus à Calais. « C'était, dit-il, leur but évident et leur échec est d'autant plus grave que leur effort avait été plus puissant ». Le roi se félicite que les trois gouvernements alliés se soient mutuellement engagés à ne pas signer de paix séparée. « J'ai toujours été d'avis, me dit-il, que l'Angleterre devrait marcher contre l'Allemagne, si celle-ci déclarait la guerre à la France. Mais lorsque vous m'avez écrit, j'ai été forcé de vous répondre avec réserve, parce que mon gouvernement n'avait pas encore pris parti et que l'opinion britannique n'était pas prête à une intervention. J'ai dit à Grey : « C'est à vous de renseigner le pays ; vous parviendrez certainement à lui faire comprendre que l'Angleterre ne peut se désintéresser du conflit. » Grey est, en effet, arrivé sans peine à ouvrir les yeux de l'immense majorité des Anglais ».

Le roi paraît très vivement frappé des ravages qu'ont faits les Allemands dans les communes où nous passons. Il me montre lui-même spontanément, les maisons incendiées, les dégâts causés par les obus, et il se rend parfaitement compte que, dans la défense de la cause commune, nous qui combattons sur notre propre territoire, nous ne sommes pas les plus avantagés.

Nous visitons deux quartiers généraux ; nous passons en revue des cavaliers, des artilleurs, des fantassins, et nous revenons assez tard à Saint-Omer, où se trouve le quartier général du maréchal French. La ville a l'aspect d'une cité britannique. Partout des officiers et des soldats anglais, qui vivent dans les meilleurs termes avec la population. C'est cependant en très bon français que les Audomarois me disent leur joie de mon arrivée.

Ref : "Au service de la France

V. L'invasion par Raymond Poincaré

Plon - 1928.

La visite de Raymond Poincaré au roi George V à Merville

La visite de Raymond Poincaré au roi George V à Merville

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Published by Daniel Granval - dans daniel.granval
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