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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 15:22

-         Tu as vu la palme d’or ?
-         Euh ! Non.
-         Et « Che », tu l’as vu ?
-         Non plus.
-         Et t’as vu qui comme vedette ?
-         Ben… Jean Pierre Daroussin…
-         Ah ! Et t’as vu combien de films ?
-         Une quarantaine.
-         QUARANTE ! Mais comment tu fais pour ne  pas mélanger ? 

Ce sont les questions rituelles qu’on me pose à chaque retour de Cannes.  

            Les regards envieux que je croise me font comprendre que je suis un privilégié bien chanceux qui a la possibilité d’accéder au saint des saints de l’un des évènements les plus médiatisés au monde. 

            Il y a près de vingt-cinq ans que j’ai connu mon premier festival à Cannes. A l’époque, j’étais emballé. Il ne fallait rien me proposer pendant les dix jours du grand pèlerinage cinématographique. Cannes était ma priorité absolue. Après une interruption de trois ans, j’ai décidé d’y retourner cette année. Alors, voici comment se passe le quotidien d’un festivalier lambda. 

            La première chose à faire en arrivant est le passage au service des accréditations pour retirer le fameux badge qui me donnera le sésame au temple secret. Sans lui, pas d’accès au « cercle des privilégiés » ; ou plutôt, je devrais dire « aux cercles ». Dans un premier temps, je suis fier de faire partie de ceux qui ont cette chance de pouvoir accéder là où la majorité des citoyens n’y a pas droit. Très vite, je m’aperçois qu’à l’intérieur du grand pèlerinage, je suis dans l’échelle du bas. Il y a toute une hiérarchie. Par exemple, je me rend compte que certains ont un accès prioritaire. C’est le cas entre autres des journalistes. Mais, ceux-ci sont soumis également à un système de grades en fonction d’une pastille de couleurs qui figure sur leurs badges. Les plus gradés ont droit en priorité aux conférences de presse importantes, aux grandes soirées des sélections officielles… Chaque année, ils doivent présenter un dossier avec les articles qu’ils ont rédigé sur le festival. En fonction de l’appréciation qui sera faite, ils monteront de grade ou seront rétrogradés, voire même non accrédités. C’est ce qui explique qu’on ne voit jamais de journalistes critiquer négativement le festival. 

            Revenons au festivalier lambda. L’accréditation ne suffit pas pour voir tous les films. Ceux de la sélection officielle nécessitent une invitation particulière et nominative. Je me dirige donc vers une borne Internet pour réserver les places qui m’intéressent pour le lendemain. Je dispose d’un capital de points au départ qui est de 230 et qui augmente de deux unités à l’heure. C’est suffisant pour les trois films de jeudi. Ils valent chacun 50, 50 et 70. Ceux qui n’ont plus suffisamment de points doivent faire la queue au stand de la profession qui les a accrédités ; les exploitants dans mon cas. Certains tenteront d’en obtenir par d’autres festivaliers juste avant la séance. Ce système marchait mieux avant, quand les invitations n’étaient pas nominatives. On fait beaucoup la queue à Cannes. Certains arrivent une heure à l’avance pour une projection à la quinzaine. Ils acceptent d’être parqués comme des bœufs derrière des barrières pendant tout ce temps. Quelquefois la queue s’arrête d’avancer et on ne sait pas pourquoi. C’est ça Cannes. Il ne faut pas chercher à comprendre.

 Le plan Vigipirate n’arrange pas les choses. A chaque entrée, fouille de sac et passage au scanner. Lors d’un contrôle on me dit de déposer mon appareil photos au vestiaire. Il s’agit d’une bricole que j’ai eue en cadeau à un fournisseur. Il ne fonctionne plus. Je le dépose au vestiaire en disant :

-         On m’a dit de vous le donner, tenez je vous le donne.
-         Si vous ne prenez pas un ticket, je ne pourrai pas vous le rendre.
-         Eh bien gardez le. 

Pendant que je m’éloigne, la brave demoiselle me regarde d’un air ahuri. Elle ne sait pas encore quel cadeau empoisonné, je viens de lui faire. 

            Heureusement, au festival, tout le monde ne va pas voir les films. Ce serait impossible. Il y a plus de vingt mille accrédités. Les activités sont multiples. Certains viennent faire des affaires, vendre, acheter des films. C’est l’occasion de se donner des rendez-vous pour finaliser des contrats. D’autres viennent se montrer dans l’espoir d’attirer l’attention d’un producteur ou d’un réalisateur. D’autres encore viennent pour faire la fête ou pour draguer. La chasse aux cocktails et aux soirées privées est leur sport favori. Les dragueurs sont aux anges « les gazelles » pullulent. Puis, il y a ceux qui cherchent les stars. Ils poireautent aux pieds des marches et devant les grands hôtels. Il y a une autre astuce, l’entrée des artistes qui est située derrière le palais. La dernière fois que j’ai emprunté cet accès pour sortir, les photographes mitraillaient un gars sans doute célèbre, mais je ne le connaissais pas. Je n’avais pas le temps d’attendre. Je passais devant la star, au moment où un photographe déclencha son flash. L’homme se mit à jurer. C’est ma trombine qui était sur la photo. Imperturbable, je poursuivais mon trajet. 

           
Cannes, c’est aussi un lieu de surprises.
 


Ma plus belle rencontre à Cannes
 

            Mai 1987, le soir de la projection officielle de « Pierre et Djemila » de Gérard Blain. J’étais invité à la soirée sur la plage. En me servant des toasts, je me retrouvai à côté d’un monsieur vêtu d’un smoking blanc. Nous échangeons quelques mots et nous nous présentons.

Je m’appelle Jacques Demy, me dit-il. Nous avons discuté pendant une demi heure. C’est comme ça que je sais que « Une chambre en ville » était son film préféré parmi ceux qu’il avait réalisé. 


Une rencontre insolite
 

            A l’époque, l’ancien palais existait encore. On y projetait les films de la quinzaine. Je me rends aux toilettes avant la projection. Je me retrouve à côté d’un grand gaillard portant un uniforme bardé de médailles. Comme je n’aime pas les militaires, je le regarde d’un air méprisant et je regagne ma place dans la salle. Je suis à peine installé, qu’un projecteur s’allume et éclaire au balcon un personnage. Je reconnais mon militaire aux médailles. On nous le présente. Il s’agit d’Aldrin, l’un des trois astronautes qui ont marché sur la lune.


 

Deux jeunes filles esseulées

 

            C’est la tradition à Cannes qu’il y ait un cocktail ou un repas après la projection officielle. Pour « La vie rêvée des anges », tourné à Lille, Le producteur n’y a pas manqué. Les jeunes comédiennes débutantes, inconnues encore pour quelques jours, étaient seules et désorientées. ¨Personne ne s’intéressait à elles. Des gens du Nord les ont invitées à leur table. Natacha Régnier et Elodie Bouchez n’auront sans doute pas oublié ce geste chaleureux.

 

 

            Il y a donc des dizaines de façons d’appréhender le Festival de Cannes. On peut en revenir extrêmement fatigué ou au contraire très détendu. A chacun de voir…

 (Les photos de cet article sont de Francis Campagne).

 

Daniel Granval

Mai 2008.

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Published by - dans CINEMA
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