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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 13:18

SAINT-OMER

             De nombreuses salles ont existé dans la capitale audomaroise. Il y a eu le Familia, rue Gambetta, le Rex, rue d’Arras, le Gaumont, boulevard de Strasbourg exploité par MM. Pennequin et Depelchin, « le cinéma des familles » tenu par M Queste et l’Eden qui fonctionnait avec un appareil à deux dérouleurs et une seule lanterne. Cela permettait d’utiliser un seul transformateur et d’économiser les consommations d’électricité. Le « Rex » est la salle la plus connue des audomarois, la dernière à avoir fermé ses portes. Le Rex ne s’est pas toujours dénommé ainsi puisqu’on le retrouve parfois sous la dénomination de Modern en 1955 notamment ou de « Pax ».

             Voyons comment un ancien propriétaire du Rex, antérieur à M. Coppey a vécu ces temps glorieux du cinéma. Il s’agit de Mr Edouard Coyecques, qui vit toujours au-dessus de son ancienne salle, auparavant dirigée par son père…

 

             Pour agrandir l’ébénisterie, située au 6 de la rue des clouteries, trop à l’étroit et gênante pour les voisins, mon père acheta un immeuble, rue d’Arras. Il n’était pas intéressé par le cinéma. Il l’a loué à M. Lefebvre, électricien rue des clouteries qui n’y ait pas resté en raison de problèmes de santé. Quelques mois plus tard, mon père a été sollicité par M. Colin, conseiller municipal, qui lui a demandé de rouvrir pour le quartier le cinéma qui s’appelait alors le Cinéma des Familles. Mon père a repris cette salle sous l’enseigne « Cinéma Moderne » en 1928. Il en a été le directeur jusqu’en 1943, date à laquelle il a été tué par un bombardement aérien le 13 mai 1943. La salle et l’habitation ont alors été détruites. Etant réformé, je suis rentré du service militaire et j’ai pu aider ma mère, sinistrée et dans la misère, à rouvrir la salle. Par contre, elle a abandonné l’ébénisterie. Avec ma sœur et mon beau-frère, nous avons remis en activité le cinéma quelques mois après sa fermeture. Il était endommagé, mais jugé acceptable et les autorités nous ont permis et autorisé de faire les travaux pour rouvrir. Ma sœur, mon beau-frère, ma femme et moi, avons repris le cinéma pour le compte de ma mère qui continuait à tenir la caisse. Cela a duré quelques temps, les gens étaient heureux de venir quand même au cinéma. En 1944, la salle a été fermée par la commission de sécurité qui l’a trouvé en état précaire. Puis les allemands ont fermé les trois cinémas de Saint-Omer.

 

Après la libération, ma mère a entrepris les formalités pour pouvoir à nouveau rouvrir. La salle a été reconstruite très tard, en 1952. Ma mère se faisait du chagrin sur cette reconstruction qui tardait. Elle est morte et n’a pas vu la réouverture. Ma femme, ma sœur, et mon beau-frère m'ont accompagné dans ce projet. Le film « Chien perdu sans collier », choisi par ma sœur a inauguré la reprise. Nous avons continué d’exploiter jusqu’en 1974, date à laquelle nous l’avons cédé à Bernard Coppey. Les concurrents étaient le cinéma Familia, salle paroissiale mais qui fonctionnait comme une salle professionnelle et qui a fermé peu avant nous. Le directeur, l’abbé Véring, si je me souviens bien n’était pas le plus mauvais des curés. Il était tenu par son évêché de placer à la porte de l’église la côte morale. Il l’appliquait et n’en rajoutait pas. A ses paroissiens, il ne disait pas de mal de nous. C’était un concurrent loyal. En 1968, il y a eu une crise générale du cinéma. Un autre concurrent, à l’autre bout de la ville et qui avait 1.000 places (nous, on en avait entre 400 et 500) a du fermer ses portes parce qu’il avait du mal à obtenir des films. Il était coincé par les loueurs qui voulaient que nous passions tous les films. Pour avoir des « locomotives », il a dût prendre beaucoup de films.

             Monsieur Coyecques vendit son affaire à trois associés, Messieurs Jacques Metton, Jean Guyart et Bernard Coppey. Ils en ont fait un mini complexe de deux salles. Quand les deux premiers se sont retirés, Bernard Coppey a repris et rebaptisé la salle « Rex ». Cette salle ouverte en 1916 ne connaîtra pas le nouveau siècle. Elle sera fermée à l’ouverture du nouveau complexe « O Ciné » après plus de quatre-vingt ans de bons et loyaux services.

            Un Ciné-Club regroupant près de 400 adhérents fonctionna de nombreuses années à Saint-Omer. Il collaborait avec l’exploitant local. L’un des meilleurs moments de cette activité a été la venue de Jacques Tati pour la présentation de « Mon oncle ».

 


Salle de projection de l'école bd de Strabourg 
 

            Il faut rendre hommage ici au courage de Bernard Coppey qui a eut l’audace d’investir considérablement en créant « O Ciné ». C’était selon lui, le meilleur moyen de tenir face à l’arrivée des multiplexes. « O Ciné » est digne des meilleurs avec ses fauteuils larges, les doubles accoudoirs, les allées spacieuses, les grands écrans et un matériel de cabine ultramoderne.

             Le cinéma continue à Saint-Omer avec l’un des meilleurs équipements de la région.

Source : Entretien avec M. Coyecques, 28 février 2001.

 

 

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Published by - dans CINEMA
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