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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 17:20

 

            En 2008, Dany Boon réalisait un film sur les ch'tis dans lequel les personnages parlaient le patois du Nord :" Bienvenue chez les ch'tis". Trois ans plus tard, il sort sur les écrans, un film qui évoque les douaniers : "Rien à déclarer". Curieusement, soixante dix ans plus tôt, un autre artiste originaire du nord réalisait deux films : "Le fraudeur" sur les douanes et "Le mystère du 421" parlé en ch'timi.

 

            Il est inutile de présenter Dany Boon et son œuvre. Les journaux en sont submergé. Je propose plutôt de nous intéresser un Léopol Simons, un ch'ti des années trente. Et si Dany Boon s'en était inspiré ?

 T-353-bienvenue-dany-boon-dans-une-salle.JPG

 

Dany Boon lors de la présentation de "Bienvenue chez les ch'tis" dans un cinéma

 (un gros exploitant forcément).

 

 

            Léopold Simons, célèbre humoriste patoisant formait un couple sur la scène avec Line Dariel. Homme de théâtre, il anima de nombreuses émissions de radio et se lança à plusieurs reprises dans la réalisation de films. Il réalisa un court métrage « Zulma en justice » (ou « Zulma au tribunal »), et deux longs « Le fraudeur » et « Le mystère du 421 ».

 

            Le fraudeur

 

T-330-Le-fraudeur-affiche.jpgPour cette œuvre consacrée à « Ceux de la douane », Simons a abandonné le patois. Rentabilité oblige, s’il voulait que son film ait une audience nationale, il fallait qu’il accepte ce compromis. Il dût aussi transiger sur le choix du titre. Initialement, il avait prévu « Ceux de la douane » mais le réalisateur n’a pas eu le choix, la censure n’appréciait pas. Laissons ici le soin au réalisateur de l’expliquer lui-même : La Censure a des raisons que la raison ne connaît pas !... Il s’agissait donc de trouver un autre nom pour « Ceux de la douane »… On a choisi alors quelqu’un qui n’en est pas loin…, et le film s’appellera désormais « le fraudeur ». Il fut produit par Bruitte et Delemar, un producteur régional. Les deux artistes régionaux s’étaient adjoints la collaboration de Ginette Leclerc. Une bonne partie du tournage eut lieu dans les paysages des Flandres, notamment autour du Mont Noir, Bailleul et Cassel. Simons réussit si bien à mettre les décors naturels de la Flandre en valeur que l’on entendait au cours des projections des remarques de ce genre : C’est vrai, il y a ça chez nous et on ne s’en doutait pas ! On y retrouve aussi des activités traditionnelles du Nord : Le tir à l’arc, les combats de coqs, les coulonneux et une chorale qui chante lors du repas des douaniers le célèbre « vivat flamand ».

 

            De nombreux rôles ont été réservés à des artistes de la région. On retrouve ainsi Cardon, un acteur comique du théâtre Sébastopol ; Daudelin de radio PTT Nord ; Palmyre Levasseur ; Danielle Lorek, une lilloise qui obtint le premier prix dans un concours de photogénie à Lille ; et bien entendu       Alphonse et Zulma, un couple de braves Flamands interprétés par Simons et Line Dariel. Leur manière d’être et leur accent du Nord apportaient à leurs personnages un réalisme total. Simons jouait le douanier, père du jeune héros du film. Comme il était réalisateur en même temps, c’est en costume de douanier qu’il dirigea le film. Après tout, on suppose qu’il n’a pas été le seul dans cette situation. Après lui, Charlie Chaplin a dû diriger la mise en scène en costume de Führer.

 

            La sortie du film eut lieu en avant-première le vendredi 19 novembre 1937 au Rexy à Lille.

 

La résurrection du « fraudeur ».

 

            On le croyait perdu. Il y avait belle lurette qu’il n’y avait plus aucune copie en circulation. Un collectionneur passionné, Daniel Najberg en découvrit une dans une brocante. Elle était en piteux état. Il la confia aux archives du film. « Le fraudeur » fut rénové et offert à nouveau au public. Le Cinéma Flandria de Bailleul le programma les 9 et 10 octobre 1999 avec la collaboration de la Maison du cinéma, de l’association « Toudis Simons » et de douaniers qui ont accepté de participer à un débat sur le thème du film. Ces deux soirées ont emporté un franc succès, la salle étant pratiquement pleine à chaque séance.

 

Le mystère du 421

 

            MM. Bruitte et Delemar avaient pour habitude de faire une partie de billard à la brasserie André. Ce jour là, ils avaient Simons pour partenaire. A un moment de la partie, un client se dirigea vers l’artiste patoisant et le félicita pour son dernier enregistrement. Ça s’est du vécu dit-il. L’un des deux producteurs demanda à Simons s’il n’aurait pas par hasard été inspiré pour un grand film régional. Quand ils avaient une idée dans la tête les deux hommes ne la lâchaient jamais. La partie de billard fut interrompue et c’est devant un bon demi que Simons leur exposa le scénario d’une pièce qui avait eu un beau succès au théâtre et à la radio. L’aventure du 421 était lancée.

 

            Une scène du film devait représenter une foule devant un kiosque de journaux. Cela représentait beaucoup de figurants que la production du film n’avait pas les moyens de payer. Simons trouva une astuce. Il se mit d’accord avec le patron d’un kiosque à journaux qui se trouvait à l’angle de la Grand’ Place et de la rue National. Il fit mettre sur le kiosque une grande pancarte sur laquelle on lisait : Edition spéciale : Encore  un exploit de la bande des As de cœur. A peine, la pancarte posée, un attroupement se forma autour du kiosque. Il s’agrandit de plus en plus. Certains badauds demandèrent à avoir cette édition qui était un document de présentation du film et que le gérant du kiosque leur remit gracieusement. Aussitôt les autres le réclamèrent. Ce mouvement attira d’autres personnes venues grossir la foule. L’opérateur juché sur le toit d’une voiture n’avait plus qu’à tourner tranquillement cette séquence pleine de vérité.

 

            Lors des scènes d’aviation tournées à Ronchin, André Duhamel qui interprétait le rôle d’un ancien pilote, et qui n’avait jamais mis les pieds dans un avion demanda à bénéficier d’un baptême de l’air. Le chef pilote Chaillou l’embarqua et se mit rapidement à faire des loopings et diverses acrobaties. A l’atterrissage, toute l’équipe du film s’attendait à voir débarquer le pauvre Duhamel en état de décomposition. En fait, il descendit de l’avion l’air complètement réjoui en demandant quand il pourrait recommencer. Le chef pilote farceur et les techniciens présents en eurent le souffle coupé.

 

            C’est à notre connaissance une des rares occasion, si non la seule dans la région, au cours de laquelle ont été tourné des scènes de nuit dans un aérodrome. Celles-ci étaient sensées se dérouler pendant la guerre. On y voyait Line Dariel ramasser à la hâte des pommes de terre ; un avion atterrir ; un pilote qui ne parvenait pas à faire démarrer son appareil ; des coups de feu. Et c’est ainsi que furent tournés les derniers mètres du film. Tous se retrouvèrent ensuite au Club House pour boire un bon grog et se réchauffer.  Ch’ti là on l’aura point volé,  dit Line Dariel. Un jour où elle se rendait à Bruxelles en compagnie de M. Bruitte pour des prises de vues, ils furent arrêtés par les douaniers. L’en d’entre eux avec son superbe accent flamand demanda : Vous n’avez rien à déclarer ? Nous n’avons rien à déclarer, répondit Monsieur Bruitte, Nous allons à Bruxelles Line Dariel et moi pour tourner le prochain film de Simon. Line Dariel… Line Dariel, murmura le douanier. Puis, il s’exclama en se souvenant du personnage de Mystere-du-421.jpgZulma : Mais vous devez avoir du genièvre à déclarer !

 

            Lors de la préparation d’une scène, on entendit soudain une forte détonation. Aussitôt, le plateau s’affola, Line Dariel tournait en rond lorsqu’on entendit un éclat de rire. C’était Simons qui, en expliquant la scène au comédien qui avait le rôle du commissaire avait appuyé sur la gâchette d’un gros révolver. Le régisseur ne l’avait pas prévenu que l’instrument était chargé à blanc. Le film qui, au départ devait s’appeler « le suicide de Zulma » a failli s’intituler le crime d’Alphonse.

 

            Il y a eu dans ce film des mystères qui n’avaient rien à voir avec le scénario. Un jour, les techniciens du plateau s’aperçurent que Simons parlait tout seul. Il dialoguait avec un certain Lebrun que personne ne voyait. De nos jours on ne s’en étonnerait pas et on penserait tout de suite au kit mains libres d’un portable. A l’époque, cela semblait surnaturel. Et Simons continuait son dialogue tout seul : Ch’est bien comme cha ? Cha ira ? Line Dariel se disait déjà qu’il avait trop travaillé et qu’il « perdot s’tiête ». En fait il n’en n’était rien. Le réalisateur communiquait avec l’ingénieur du son par l’intermédiaire d’un micro.

 

 

Extrait du livre "Les tournages de films dans le Nord et le Pas de Calais".

Auteur : Daniel Granval

Co-édition : Editions Nord Avril & Club Cinéma de Merville

 

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Published by - dans CINEMA
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