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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 09:15

Relief--6--amelioree.jpgEn 1949, apparut la télévision. Les grands producteurs d'Hollywood s'imaginaient qu'il s'agissait d'un nouveau gadget et que la mode passerait. Comme nous le savons, ils se sont trompés et le déclin de la fréquentation des salles parut inéluctable. Les producteurs d'Hollywood ont alors décidé de réagir en privilégiant les superproductions présentées sur des écrans très larges : cinémascope, panoramique, cinérama...

Il s'agissait de donner aux spectateurs  l'illusion de la réalité en reproduisant les images et les sons de façon  qu'ils reçoivent la même impression que s'ils étaient face à des scènes réelles, à l'exception évidemment lorsque le réalisateur veut créer de l'irréel.

 

Double caméra de prises de vues en relief

 

 

Dans un cinéma, le spectateur voit une succession d'images qui défilent à une vitesse telle, que cela lui donne l'impression du mouvement. La perspective est déterminée par l'emplacement de la caméra au moment de la prise de vue. Pour permettre aux spectateurs d'être au plus près de la réalité, on a cherché très tôt à créer des images en relief.

Pour bien comprendre le processus du cinéma en relief, il importe de savoir comment fonctionnent les yeux. Pour que nous puissions avoir une vue qui distingue les reliefs, il nous faut deux yeux qui fonctionnent simultanément. Chaque œil perçoit l'environnement différemment. Les axes des deux yeux convergent, transmettent au cerveau deux images pratiquement identiques. Ces images se modifient et convergent à nouveau au cours de nos explorations visuelles. Cette succession d'images convergentes nous permet de percevoir les reliefs et les profondeurs de champs. Pour obtenir ce même effet dans un film en relief, il faut donner à chaque œil une succession d'images différentes. Ainsi, les borgnes ne peuvent pas avoir accès aux films en relief.

 

Rappelons que pour apprécier un film dans de bonnes conditions, le spectateur ne doit être ni trop près, ni trop loin de l'écran. Les cinémas actuels sont conçus dans le respect des normes indiquées. La longueur de la salle ne dois pas excéder cinq fois la base de l'écran. Le premier rang doit se situer au maximum à une longueur égale à cette base. Ainsi pour un écran de 8 m de base, le premier rang doit être éloigné de huit mètres et le dernier à moins de quarante mètres. L'implantation des rangées sur les côtés ne doit pas excéder un écart de 30°. Ces conditions sont d'autant plus importantes pour les projections en relief. Il faut noter également que le point central de la vision est extrêmement réduit, ce qui implique que nos yeux sont en permanence en mouvement. Ecartés d'un peu plus de 6 mm, ils perçoivent chacun une image imperceptiblement différente. Le cerveau les fusionnent pour n'en former qu'une seule. Les yeux perçoivent donc notre monde en trois dimensions. Il nous est facile d'évaluer la largeur et la hauteur de ce que nous voyons, mais qu'en est-il de la profondeur ?

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Plus les objets sont loin, plus ils paraissent petits. Par l'habitude, nous réussissons à rétablir leurs valeurs réelles. Mais, lorsqu'il s'agit d'éléments inconnus nous pouvons être mis facilement en défaut et produire des erreurs d'interprétation. La sensation du relief ne peut être perçue que si nos deux yeux fonctionnent normalement ou avec des lunettes correctives. Pour obtenir les impressions de relief au cinéma il faut fournir aux spectateur deux suites de photographies animées prises avec un écart correspondant à celui des yeux. Mais pour que ça marche, il faut que chaque œil perçoive séparément ces images. L'œil de gauche recevra les images de la caméra de gauche et l'œil droit, celles de la caméra de droite.

 

 

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 Projection des rushes par l'équipe de réalisation d'un film en relief.

 

Lors des premières projections d'images en relief en 1858,  avec des images fixes évidemment, deux projecteurs fonctionnaient simultanément. Les spectateurs étaient équipés d'une paire de lunette teintées en rouge pour l'œil gauche et en bleu-vert pour le droit. Il en était de même pour les  filtres installés sur les projecteurs. Ainsi le spectateur ne pouvait voir avec l'œil gauche que les images projetées en rouge et les autres avec l'œil droit.

En 1891, Ducas du Hauron proposa des anaglyphes où les couleurs étaient inversées, bleu-vert pour le côté gauche et rouge pour le droit. La projection se faisait en lumière blanche. Ces systèmes ne permettaient que la projection de vues en noir et blanc et se sont révélés décevants. Le procédé Natural Vision, qui utilisait des filtres polarisants, apporta de nettes améliorations.

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Schéma du procédé Natural Vision pour les films en relief

 

Les prises de vues étaient faites avec une caméra à deux objectifs. En projection, deux appareils synchronisés fonctionnaient simultanément. Sans lunettes, le spectateur apercevait les deux images superposée, légèrement décalées. Des lunettes polaroïdes  permettaient de voir alternativement chaque image à gauche et à droite. Elles étaient constituées d'un support de plastique recouvert de minuscules cristaux d'iodo sulfate de quinine, inventé en 1852 par Héropathe. Edwin H. Land les utilisa entre 1927 et 1934 pour mettre le processus au point en les orientant mécaniquement. Bien qu'ayant une dominante verdâtre,  on pouvait dès lors projeter des films en couleurs. Pour des raisons techniques, liées aux difficultés de polariser la lumière naturelle, la perte de luminosité pouvait s'élever à 60 %. Il fallait donc apporter sur l'écran, une lumière trois fois plus puissante à celle d'un film normal. Ce défaut était en partie compensé par la nécessité d'utiliser des écrans métallisés plus compatibles avec la polarisation. L'aluminium possédant le pouvoir de mieux réfléchir la lumière, contribua à atténuer les pertes dues au système du relief. L'augmentation de la puissance des arcs de projection faisait le reste.

 

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Cabine de projection du cinéma "Le Paris"

Les quatre projecteurs étaient synchronisés deux par deux

 

A cette époque, la lumière d'un projecteur était fournie par des arc électriques à l'aide de bâtons de charbon qui permettaient une projection continue inférieure à 30 minutes. Il fallait donc deux projecteurs par cabine pour éviter les coupures au milieu du film. Pour les films en relief, il en fallait quatre qui fonctionnaient deux par deux. Ils devaient être parfaitement synchronisés et le projectionniste devait veiller à mettre chaque partie du film du bon côté. En cas de cassure, des marques sur les copies permettaient de réajuster. Certains exploitants qui n'avaient pas les moyens ou la place d'installer deux projecteurs supplémentaires, se contentaient de fonctionner avec les deux qu'ils avaient. Il leur fallait alors arrêter à chaque bobine, comme au temps du muet, pour recharger les appareils.

 

Relief--1--amelioree.jpg

L'alignement des projecteurs devait être réglé avec soin pour que les images soient bien horizontales et pour éviter les décalages en hauteur, faute de quoi les spectateurs se seraient fatigués rapidement.

 

Le cinéma en relief ne s'est jamais implanté dans la durée en raison de la complexité qu'il imposait. Avec l'arrivée du cinéma numérique, il devient beaucoup plus simple pour un exploitant de proposer ces projections. C'est ce qui explique l'engouement actuel et le nombre régulier de films en 3 D qui sont proposés dans les salles depuis deux ans ; et en particulier depuis la sortie d'AVATAR.

 

Prises de vues pendant le tournage  de "L'homme au masque de cire" en 3D avec une caméra Natural-Vision.

 

Source : La technique cinématographique N°134.

 

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