LETTRE OUVERTE à Monsieur
Nicolas SARKOZY
Président de
la République Française
Arras, le 24 août 2007.
Monsieur le Président,
Je vous écris cette lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps. En mai 2006, j’ai été condamné à une amende de 1500 € suite à une dénonciation et une répression féroce des contrôleurs du travail. Responsable d’un établissement social qui accueille des adolescentes, j’ai autorisé un chef de service à faire enlever par un homme d’entretien 18 m² de plaques d’un faux plafond contenant de l’amiante. Pour me défendre contre l’acharnement de ces contrôleurs, j’avais fait venir un huissier pour un constat et j’étais également poursuivi pour délit de blocage. J’ai heureusement été relaxé sur ce point.
Mais pourquoi une telle sévérité pour ces quelques plaques d’amiante qu’il fallait simplement enlever des rails sur lesquelles elles étaient posées et qui plus est, étaient au dessus de la tête des enfants depuis des années sans que ça gêne qui que ce soit ? Sans doute que cela est arrivé au mauvais moment, lorsque les contrôleurs du travail utilisaient d’une manière lamentable l’assassinat de leurs collègues pour obtenir les moyens de réprimer plus.
J’espérais au moins la clémence du Président de
la République , qui l’avait accordée à d’autres, j’effectuais un recours en grâce. Celui-ci n’a pu aboutir car je n’avais reçu ni le jugement ni l’avis à payer des impôts. Lorsque j’ai reçu celui-ci, en avril 2007, je renouvelais ma demande et j’ai reçu un nouveau refus en août 2007 aussi peu explicite que le précédent.
J’avais parfaitement compris Monsieur le Président votre logique par rapport à la loi d’amnistie. J’ai aussi entendu que certaines situations seraient étudiées au cas par cas. Mais quand vous parlez d’étudier la grâce au cas par cas et de l’accorder au délinquant qui sauve des enfants de la noyage, nous n’avez visiblement pas pensé au cas de l’honnête citoyen qui a été condamné du fait d’un délit commis dans le but de protéger des enfants. Car, si dans le cas très improbable où ces plaques ont pu être nocives pour l’homme d’entretien qui les a manipulées pendant une heure, ne l’étaient-elles pas pour les enfants qui les avaient au-dessus de leur tête à longueur de journée ? J’ai donc été condamné et non gracié pour avoir tenté, peut-être maladroitement, de protéger des enfants, lorsque nous constatons régulièrement que des adultes coupables de détournements de mineurs ne sont pas poursuivis, que des enfants abusés n’obtiennent pas justice et n’ont, plusieurs années après leurs révélations, aucune nouvelle. Nous constatons que la législation est inadaptée à l’intérêt des enfants accueillis dans les institutions sans pour autant satisfaire les salariés qui y travaillent et qui ont envie de travailler.
Moralité, Monsieur le Président, dans ce beau pays de France que vous gouvernez, il vaut mieux maltraiter les enfants que tenter de les protéger.
Vous dites aussi qu’il faut profiter de l’expérience des anciens. Je suis désolé, mais compte tenu de ce que j’ai exposé ci-dessus, j’ai demandé mon plan de carrière plus tôt que prévu, j’ai découvert que je peux partir plus tôt et je partirai avec mon expérience. Je ne peux de toute façon pas m’empêcher de penser que tous vos discours ne sont qu’illusoire. Mon expérience en est une preuve.
Aussi, Monsieur le Président, chaque fois que vous exprimerez dans un média qu’il faut protéger les enfants, qu’il faut encourager les travailleurs qui veulent travailler, je ne manquerais pas d’envoyer un copie de cette lettre au même média.
Recevez, Monsieur le Président, les salutations distinguées d’un citoyen découragé.
D. GRANVAL
Directeur