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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 16:42

Celui qui filme aujourd'hui avec son portable, son appareil photos ou un caméscope, ne connait pas son bonheur. Les premiers cinéastes devaient se soumettre à des contraintes que les amateurs de films n'imaginent pas. Ils devaient transporter et manipuler des matériels encombrants. Ils devaient d'abord prendre la précaution de mettre la bobine dans le magasin débiteur à l'abri de la lumière pour éviter d'impressionner la pellicule avant de filmer. L'opérateur tirait ensuite une cinquantaine de centimètres de film pour le placer dans le dispositif de déroulement, galets d'entrainement, couloir de perforations, tout en prenant soin de pratiquer une boucle en amont et en aval du cadre pour éviter que le passage en saccades, image par image du film, ne tire trop sur la pellicule et ne provoque des cassures. Ces cinquante centimètres étaient évidemment gâchés. L'extrémité du film était placée dans le magasin récepteur. La porte de celui-ci ne devait être ouverte en aucun cas avant le passage au laboratoire.

 

L'appareil était fixé solidement sur un support afin d'éviter des vibrations. L'opérateur faisait la mise au point à l'aide d'un verre dépoli qui remplaçait le film, ou sur une partie de la pellicule qui était alors exposée à la lumière et perdue. Cette mise au point n'était valable que lorsque le sujet ne se déplaçait pas. Dans le cas contraire, c'était plus compliqué.

Appareil de prises de vues Pathé. En haut, les magasins. A gauche, le viseur. A droite, la manivelle de déroulement. A la base, la plate-forme panoramique.

Quand il était prêt, l'opérateur tournait la manivelle. Il s'agissait d'une opération qui demandait beaucoup plus de dextérité qu'il n'en paraît. Il fallait tenir le rythme de deux tours à la seconde de manière constante, si on voulait éviter d'avoir des sujets qui ralentissaient ou accéléraient de manière impromptue. Il fallait absolument éviter les gestes saccadés et les changements de rythme. Comme si cela n'était pas assez compliqué, l'opérateur devait aussi assurer les mouvements de caméras, panoramiques et autres, en fonction de la scène filmée. Pour cela, il devait tourner une autre manivelle à un rythme différent. Essayez de vous taper sur la tête d'une main et de tourner l'autre sur votre poitrine. Vous constaterez que cet exercice qui paraît relativement simple, demande une forte concentration. Il arrivait parfois qu'il fallait tourner plusieurs manivelles pour les mouvements de caméra, par exemple, lorsqu'il fallait suivre un avion dans le ciel. L'opérateur était alors aidé par un assistant.

 

Ce travail demandait beaucoup de patience, d'habileté et de dextérité.

 

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 17:50
Le Cinéac, rue Faidherbe à Lille
Le Cinéac, rue Faidherbe à Lille

En septembre 1972 j'entamais ma formation d'éducateur spécialisé au Centre de Formation d'Educateurs à Loos, dans la banlieue de Lille. Germain, un copain de la promotion, habitait une grande maison avec son père. Elle était située au coin de la rue Gabriel et de la rue Pascal. Il proposa à Jean Paul et à moi même de nous héberger. Je disposais d'une grande chambre au deuxième étage. Elle avait seulement besoin d'être un peu rafraîchie. Question papier peint ce fut vite réglé. Je récupérai de vieilles affiches de films au Familia et je les collai sur les murs, réalisant ainsi un énorme patchwork. Jean Paul et Germain qui partageaient la même chambre avaient recouvert les murs d'emballages d’œufs. C'était moins joli, mais c'était censé protéger du froid. C'est ce qu'ils croyaient. C'est vrai qu'il faisait froid dans nos chambres. Il n'y avait pas de chauffage. En septembre je ne réalisais pas et j'étais heureux d'avoir la chambre la plus spacieuse. En janvier je déchantais. J'apportai de chez moi un feu à pétrole. Ça faisait du bien pour mon épiderme, mais alors, mes pauvres narines ! C'était un modèle de la première génération qui dégageait une odeur pétrolifère telle que je regrettais de ne pas avoir décoré ma chambre avec une affiche du « salaire de la peur ».

Le Bellevue, grand' place à Lille
Le Bellevue, grand' place à Lille

Devenu lillois du lundi au vendredi, j'en profitais pour devenir un habitué de la rue de Béthune et de ses annexes. Je retrouvais les cinémas que j'avais côtoyés quelques mois plus tôt lors de ma prolongation militaire. Le ressenti que j'avais connu lors de ma première expérience lilloise au Capitole s'était confirmée. Les exploitants ne faisaient aucun effort pour améliorer la qualité de l'accueil. Ils avaient été habitués pendant des décennies à être incontournables pour ceux qui voulaient voir des films. La télévision, déjà bien implantée, était considérée comme une concurrente déloyale qu'ils pensaient pouvoir dominer. Ils conservaient l'exclusivité des films pendant plusieurs années et certains studios comme Walt Disney affirmaient que leurs films ne seraient jamais diffusés à la télévision. Quand Walt Disney sortait un film, il restait disponible aux exploitants pendant trois ans environ, puis il était retiré de la circulation. Il était mis au « frigo », comme on disait dans le jargon professionnel. Sept ou huit ans plus tard il sortait à nouveau comme si c'était un nouveau film. Entre temps une nouvelle génération de jeunes spectateurs était apparue et le film réalisait des résultats aussi bons qu'à la sortie précédente. Walt Disney était en mesure de produire un long métrage tous les trois ans. En procédant ainsi il pouvait proposer une œuvre de dessins animés pour Noël chaque année.

LE CINEMA ET MOI Ch 6 : Le pourboire est le salaire de l'ouvreuse

Pour revenir à l'accueil dans les cinémas lillois, la plupart des caissières étaient moches et acariâtres. Je me disais que c'était du au fait d'être enfermé à longueur de journée dans ce qui était presque une boîte qui les isolait du monde. Les altercations avec les clients étaient fréquentes. L'un n'allait pas assez vite pour sortir sa monnaie : « Dépêchez-vous monsieur, il y a des gens qui attendent derrière vous » ; un autre allait trop vite « doucement, on est pas payé aux pièces » ; à un autre qui n'avait pas compris le prix : « 8 francs, vous êtes sourd ; ou encore « vous n'avez pas plus abîmé comme billet ; « Où sont les toilettes s'il vous plaît ? - Je ne suis pas un bureau de renseignements, demandez à la placeuse ».

Ah les placeuses, parlons en ! Pas plus aimables que les caissières, elle se précipitait pour récupérer le bout de billet qui avait été enlevé de son talon par un contrôleur ronchon. On aurait cru qu'il n'y avait que des « Rogers » à Lille. Elle avançait au pas de charge vers la salle. Il fallait presque courir pour la suivre.

Elle s'arrêta devant une rangée et nous indiqua des fauteuils libres. « Un peu plus loin s'il vous plaît ». Elle repartit comme une fusée quelques rangées plus loin. « Encore plus près de l'écran ». Elle montra qu'elle n'était pas contente en soufflant et en dodelinant de la tête. « Là bas, vous auriez vu le film aussi bien, dit-elle en maugréant après s'être arrêtée au troisième rang ». Je n'osai pas lui dire que là c'était un peu trop près. Je passai devant elle pour m'installer. Elle me tendit la main : « Et le service ? ».

  • Quel service ?

  • Le service n'est pas compris, vous n'avez pas vu l'affiche à l'entrée ! Le ton était sec et péremptoire. Je cherchai mon porte-monnaie, puis de la monnaie dans mon porte-monnaie.

La mégère s'impatientait. Elle trépignait des pieds et agitait sa main nerveusement. Je lui tendis une pièce de 20 cts. Elle regarda la pièce, puis moi. « Que ça, dit-elle méprisante » ! Elle s'éloigna rapidement pour aller racketter un nouveau client. Pendant ce temps je me levai et j'allai m'installer quelques rangées en arrière. Quand elle passa avec le nouveau client, je croisai son regard dédaigneux dans lequel je lisai très nettement : « C'était bien la peine de me faire avancer plus loin, seulement pour vingt centimes ».

Ce qui était bien dans les cinémas lillois, c'est qu'ils étaient permanents. Quand un film me plaisait je restais pour le regarder une seconde fois.

LE CINEMA ET MOI Ch 6 : Le pourboire est le salaire de l'ouvreuse

A Lille, il y avait une maison de jeunes, rue Marx Dormoy, à côté de la piscine. J'appris qu'il s'y tenait un atelier d'expression corporelle. Je m'y suis inscrit. Il y avait longtemps que j'avais envie de pratiquer cette activité. L'animatrice de l'atelier m'informa qu'un stage allais être prochainement organisé dans les locaux de la MJC avec un professionnel, Isaac Alvarez. Je m'inscrivit à ce stage. Cela m'avait tellement passionné que quelque mois plus tard je m'inscrivais à un second stage qu'il organisait à Lunel, à proximité de Montpellier. Cela avait fait de moi, non pas un grand spécialiste de l'expression corporel, mais j'y avais acquis certaines compétences. Quand à la rentrée, j'appris qu'il n'y avait plus d'animatrice pour l'atelier, je proposai de prendre le relais. Il y avait aussi un club photo. L'animateur était un gars très sympathique, aimable et serviable, et je sympathisais rapidement avec lui. C'est comme ça que je me suis trouvé un nouvel ami, un dénommé Daniel Najberg. Si je relate cet épisode qui, à priori, ne semble rien à voir avec le cinéma, c'est que tout simplement, comme nous le verrons plus tard, Daniel occupera un rôle significatif dans plusieurs chapitres de ce livre.

Pendant ce temps les cinémas de Lille avaient entamés une importante mutation. Nous entrions dans l'ère des complexes. Les grandes exploitations de Lille se transformaient en cinéma de plusieurs salles. Ce fut le Rexy qui ouvrit la marche avec six écrans et devint l'Ariel. C'était assez impressionnant. L'entrée était relativement étroite. Il fallait franchir un long couloir pour aboutir à un hall austère qui contenait un espace de vente de billets et permettait l'accès aux différentes salles. C'était la nouvelles et jeune société UGC qui gérait ce complexe. Le Cinéchic devint le Concorde avec deux écrans. Le balcon était devenu la seconde salle. Il dépendait aussi d'UGC. Le confort était amélioré. Les fauteuils de qualité étaient plus espacés, mais l'accueil était toujours aussi désagréable. Ma copine la placeuse, ne prenait plus la peine d'accompagner les clients. Elle rendait le ticket et tendait la main à l'entrée de la salle pour ne pas rater le client suivant qui était susceptible d'aller voir un autre film, dans une autre salle.

Puis ce fut au tour du Caméo, devenu Pathé qui proposait trois écrans.

Le Caméo, rue de Béthune
Le Caméo, rue de Béthune

Mes activités cinéma se répartissaient entre Lille la semaine après les cours et le Familia pendant le week-end. Je me préoccupais beaucoup du côté rétrograde du Familia. M. Laune ne voulait rien changer. Il était soutenu pour cela par André et Roger. Les films arrivaient tardivement à Merville. Les cinémas d'Hazebrouck et Estaires avaient la priorité. Les entrées gagnées par la fermeture du Modern s'était considérablement réduites. Quand un distributeur proposait un gros film porteur, M. Laune refusait car il fallait faire des séances supplémentaires. Quelques années plus tôt, le Modern était encore ouvert, « La grande vadrouille » fut proposé aux deux cinémas en même temps. M. Laune refusa car il fallait proposer une séance chaque jour. Il était traumatisé par Ben Hur qui lui avait été imposé trois semaines. La troisième semaine, la salle était quasiment vide à chaque séance disait-il. Il disait aussi que le cinéma avait perdu beaucoup d'argent avec Ben Hur. Des années plus tard, je retrouvai un cahier de caisse sur lequel étaient inscrits les résultats de ce film. Que ce soit au niveau des entrées ou des recettes, la moyenne hebdomadaire des trois semaines était nettement supérieure à ce que le Familia réalisait habituellement. Ce film avait attiré 3733 spectateurs, soit une moyenne de 1244 par semaine. La semaine qui avait précédé avec « La révolte des esclaves » comptabilisait 924 spectateurs et celle qui a suivi en comptabilisait 718 avec « Quelle joie de vivre ». A cela s'ajoutait le fait que les prix des places avaient été majorés. Aujourd'hui encore je ne comprends pas cette obstination qu'il avait à noircir le tableau.

Ce que M. Laune appréciait s'était « les bonnes reprises », qu'il disait. Nous reprogrammions les trois « Fantômas ». Chacun d'entre eux réalisait environ trois cent entrées, ce qui était nettement au dessus de la moyenne dans les années soixante dix. Et le pourcentage de location était réduit. « Il était une fois dans l'ouest » était pratiquement programmé chaque année et apportait à chaque fois trois cent à quatre cent spectateurs. Par contre nous perdions beaucoup sur le potentiel de nouveaux films. Le temps qu'ils arrivent au Familia, de nombreux mervillois les avaient vu à l'extérieur.

Lassé de faire des propositions qui n'étaient jamais retenues j'optais pour la fantaisie. Dans le prolongement de la cabine il y avait un espace qui n'était pas utilisé. Cette partie était murée. Nous nous sommes mis d'accord à plusieurs pour faire une proposition à M. Laune. Nous lui avons demandé de nous y aménager un salon pour les opérateurs fatigués. On s'y voyait déjà, dans des fauteuils, derrière une baie vitrée qui donnait sur la salle, sirotant notre canette de bière. Au moins celle là, elle ne risquait pas d'inonder l'ampli. Comme de bien entendu, et ce, malgré mes insistances, cette proposition de génie ne fut pas retenue. Je lui réclamai donc une augmentation. Il l'accorda aussitôt. Ce n'était pas un gros effort pour lui puisque nous étions bénévoles. 100 % de zéro, ça ne lui coûtait pas cher. Mais pour une fois nous avions eu une réponse positive.

Je ne lâchais pas pour autant mes autres idées plus réalistes et je restais déterminé pour dynamiser un peu plus le Familia. Sur ce point, les années qui suivirent furent fructueuses.

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 18:47

En 1969 j'avais mon permis de conduire et j'avais quitté Lievin pour un centre de délinquants à Oxelaere, un petit village au pied de Cassel, l'un des monts des Flandres. Mon emploi du temps et la voiture me permettaient de reprendre plus régulièrement mes activités au Familia. Christian, un nouveau, venait d'arriver. Je le connaissais bien, il avait participé à des colonies de vacances dans lesquelles j'étais moniteur. C'était un gars doué en électronique et il se trouva tout de suite à l'aise avec le matériel de la cabine. J'étais chargé de le superviser lors de la projection d'un dimanche après-midi. Voyant comment il s'était débrouillé avant l'entracte, je descendis voir le film après lui avoir montré comment fonctionnait l'appel au secours en cas de problème. Il y avait sur la scène une rampe d'éclairage qui comportait des lumières rouges. Quand un projectionniste avait besoin d'aide il l'actionnait et nous montions à son secours. Christian était mort de trouille, mais il se débrouilla très bien. De nos jours encore, il raconte régulièrement cette anecdote à qui veut bien l'entendre.

Le cinéma Arc en Ciel à Lille

Le cinéma Arc en Ciel à Lille

Chaque année M. Laune nous proposait de l'accompagner à l'Assemblée Générale de l'OTCF. Cela se passait au cinéma l'Arc en Ciel, qui était situé dans le quartier de Wazemmes, à Lille. La première fois j'y suis allé seul avec lui. Mon métier d'éducateur, qui impliquait des horaires en soirée et le week-end, offrait en contrepartie une certaine souplesse qui permettait de se libérer la journée. Par la suite nous étions trois ou quatre, dont l’inénarrable Roger. La matinée commençait par une messe. M. Laune avait la bonne idée de nous en dispenser et nous arrivions à 11h pour la réunion de travail. Après les habituels rapports moraux, d'activités et financiers, M. Verheye, qui présidait cette réunion, nous faisait part des difficultés qu'il rencontrait pour obtenir des films qui satisfassent aux exigences des adhérents. Les distributeurs pratiquaient le block booking, une pratique qui consistait à imposer des films secondaires qui attiraient peu de spectateurs pour pouvoir programmer un film à succès. L'OTCF ayant perdu de sa puissance, il avait de plus en plus de mal à obtenir des films. Je le soupçonnais d'exagérer ces difficultés. Il y avait encore plusieurs dizaines d'adhérents et cela représentait quand même un intérêt pour les distributeurs lillois qui pouvaient négocier avec un seul interlocuteur pour un nombre de cinémas important. Le problème c'est que nous étions nombreux à obtenir des résultats médiocres avec des films secondaires. Cela incitait certains distributeurs à imposer des minimums garantis. La rétribution des distributeurs qui était fixée en pourcentage se transformait ainsi en forfait. M. Verheye avait trouvé une astuce. Il ne nous programmait pas certains films inclus dans le bloc-booking, et après quelques mois il négociait leur remplacement par des bonnes reprises : « Fantômas », « Il était une fois dans l'ouest », etc. Tout le monde s'y retrouvait. L'exploitant comme le distributeur obtenaient de meilleures recettes.

Philippe Caron à l'entrée du Foyer à Bousbecque

Philippe Caron à l'entrée du Foyer à Bousbecque

Après la réunion il y avait un repas. M. Pelcener, qui était exploitant à St André, prés de Lille, et aussi fournisseur de confiseries, faisait part des nouvelles innovations et des nouvelles pratiques dans le domaine de l'exploitation. M. Laune et surtout Roger étaient complètement hermétiques à ces arguments. Lors de l'un de ces repas nous nous sommes retrouvés à table avec Philippe Caron et sa compagne. Ils étaient responsables du cinéma Le Foyer à Bousbecque. Ce cinéma était associatif comme le notre et fonctionnait avec plusieurs dizaines de bénévoles. Ils étaient particulièrement attentifs à l'évolution des salles et parlaient avec enthousiasme de la dynamique qu'ils apportaient à leur cinéma. Ils développaient la vente de confiserie qui était une recette annexe considérable. A Merville il n'y en avait pas. Ils projetaient plusieurs films par semaine. A Merville il n'y en avait qu'un. Ils ajoutaient des séances en semaine. A Merville c'était toujours limité au samedi et dimanche. Ils programmaient des projections pour enfants le mercredi, le dimanche à 15h30 et aux vacances. A Merville, rien de tout cela. Ils acceptaient d'augmenter le nombre de séances pour les gros films à succès, ce qui rendait les distributeurs plus enclins à leur fournir les copies plus rapidement. A Merville, toujours traumatisé par l'expérience de Ben Hur, M. Laune ne vouslait pas en entendre parler. Ils organisaient des séances de groupes, scolaires, centres aérés. A Merville, depuis la fermeture du Modern ça n'existait plus. M. Laune et surtout Roger se moquaient d'eux. Ils les prenaient pour des illuminés. Et pourtant aujourd'hui, plus de quarante ans après, Le Foyer de Bousbecque existe toujours. C'est encore une salle associative avec soixante bénévoles. C'est toujours Philippe Caron et son épouse qui le dirigent.

 

Après le repas, la journée se clôturait par la projection d'un film mis à disposition par un distributeur. Une fois, vers la fin des années soixante, M. Verheye avait proposé un film d'un jeune réalisateur, Claude Lelouch. Ce film fut primé à Cannes. Il voulait l'avis des adhérents de l'OTCF pour une éventuelle programmation dans le réseau de salles. Pour M. Laune il n'en était pas question, chabadabada, il y avait des scènes d'étreintes. Il pensait que je n'avais pas compris de quoi il s'agissait.

  • Mais, on ne voit presque rien, rétorquai-je. Les images sont discrètes.

  • Chabadaba, pas question, « Un homme et une femme » ne sera pas programmé au Familia.

 

Il fut projeté au Modern qui était encore ouvert quand le film est sorti.

LE CINEMA ET MOI Ch 5 : La période militaire

« Il faut faire son service militaire pour être un homme », disait maman. Franchement, elle avait parfois des idées stupides ma mère. De toute façon, n'ayant pas réussi à les convaincre de mon inaptitude, il a bien fallu que j'y aille. Que le lecteur se rassure, il n'est pas dans mes intentions de lui faire subir les anecdotes débiles de ma vie sous les drapeaux. Je ne fais pas partie de ceux qui se consolent et se croient malin en racontant à tout va les bonnes blagues qu'il ont fait aux gradés et les bonnes planques qu'ils ont obtenues. « Celui-là, je l'ai bien eu, disent-ils, ils m'ont mis au mess, j'étais planqué. Planqués ou pas, on nous a volé une année de notre vie et c'est clair que c'est nous qui avons été estampés. Donc, après deux mois de classes à Toulon où nous avons vécu une bonne partie en reclus, me voilà affecté à Djibouti. « C'est comment Djibouti Sergent ?

  • Le soleil en haut, le sable en bas.

 

Je partais donc en mars 2011 dans un DC6 qui devait m'emmener vers le soleil en haut et le sable en bas. Côté soleil, je n'ai pas été déçu. C'était du 40 à 50° degrés à l'ombre, pratiquement jamais de nuages, et la pluie deux ou trois fois maximum dans l'année.

 

Pour ce qui est du ciné c'était moins folichon. Nous avions de temps à autre un film à la caserne. Un gars venait avec un projecteur 16 mm installé sur un camion. La projection se faisait à l'extérieur. Nous étions proche de l'équateur, la nuit tombait rapidement. Nous amenions notre tabouret et notre polochon. Le tabouret était couché, le polochon était coincé entre les pieds de l'ustensile. C'était presque un transat. Je ne sais plus les films que j'ai vus, mais c'était toujours un bon moment.

 

En ville il y avait deux cinémas. Les projections se faisaient en plein air. Les cinoches étaient constitués d'un haut mur d'enceinte, une cabine et un très large écran. On se doute qu'il n'y avait pas de projection dans la journée, mais c'était possible à partir de 18h. Je n'y allais pas souvent car les billets d'entrées étaient onéreux pour mon budget de bidasse. Les copies venaient de la métropole par avion. Cela devait augmenter sensiblement les charges des exploitants.

Un cinéma de Djibouti en 1971

Un cinéma de Djibouti en 1971

C'est à l'armée que j'ai vu mon premier film porno. Cela n'existait pas dans les cinémas. Tout au plus des films érotiques étaient projetés dans des salles spécialisées. « Emmanuelle » n'était pas encore sorti, « Gorge profonde » non plus. Aujourd'hui avec internet ces films sont à la portée de tous. En ce temps là ça ne se trouvait pas facilement. Cette projection mémorable s'est faite à Arta, à quelques dizaines de kilomètres de Djibouti où j'effectuais une colonie de vacances pour les enfants des militaires. A la colo, nous avions un projecteur 8 mm avec lequel nous projetions des « Charlots », des « Laurel et Hardy » pour les enfants. Nous avions comme voisin un Corse. C'était aussi un appelé, mais je ne sais plus trop ce qu'il faisait là. Ce dont je me souviens, c'est que c'était un sacré boute en train et que nous passions régulièrement nos soirées avec lui après le coucher des enfants. Nous l'invitions régulièrement à notre cinquième repas et il ne manquait jamais d'y apporter des choses bien agréables à déguster. Il avait récupéré, je ne sais où, une copie 8mm d'un film pornographique qui durait une dizaine de minutes. Nous l'avons projeté de multiples fois, à l'endroit et à l'envers. Cela ne changeait d'ailleurs pas grand chose à l'histoire. C'était le seul aspect culturel que m'ait apporté l'armée.

 

Les dernières semaines de ma période militaire étaient plus propices pour le cinéma. Quand nous effectuions notre service en outre-mer nous avions droit à un mois libérable du fait que nous n'avions pas bénéficié de permissions. Ceci réduisait en principe notre période d'obligations à onze mois. Je dis bien en principe, car ce n'était pas mon cas. Comme j'avais effectué quarante jours de gnouf, je devais faire vingt jours de rab. On pratiquait déjà la double peine en ce temps là. Nous étions deux du Nord dans cette situation. L'autre était un gars de Lens avec qui je m'entendais très bien. Nous nous étions mis d'accord pour laisser notre paquetage à notre domicile, et c'est vêtu en civile, les mains dans les poches que nous nous sommes présentés gentiment, souriants, à la caserne Kléber à Lille. Le capitaine était compréhensif, et il avait d'autres soucis que de s'occuper de nous. Il jugea inutile de nous octroyer un équipement pour vingt jours. Nous fûmes installés dans une chambre de « passagers » en compagnie d'un déserteur et d'un biffin. Le capitaine ne nous embêtait pas et nous ne l'embêtions pas non plus. Nous pouvions sortir tous les jours et partir en permission tous les week-ends. J'en profitais pour rattraper le temps perdu et voir plusieurs films chaque jour dans les salles lilloises. Avec les tarifs préférentiels accordés aux militaires dans les cinémas je pouvais en profiter largement.

 

Dès ma libération je reprenais mes activités au Familia.

Le Ritz à Lille

Le Ritz à Lille

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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 17:29

Mis à part la concierge qui assumait la fonction de caissière, tous les autres personnes qui participaient au fonctionnement du Familia étaient bénévoles. Georges Laune, le directeur, faisait partie des fondateurs du Familia dans les années vingt. 1 L'accueil du public et le contrôle des billets était assuré par André et Roger, deux personnalités particulières. André était un homme très corpulent. Il avait une voix qui portait très fort. Enfant, j'en avais peur, d'autant plus que mon père en rajoutait : « tiens-toi bien au cinéma, si non tu auras à faire à André M. C'est vrai qu'il veillait au grain sur la bonne tenue des spectateurs. Il surveillait particulièrement les couples qui s'installaient dans le fond à gauche dans le but de faire tranquillement leur affaire. C'était comme pour les films. Le comportement des spectateurs ne devait pas atteindre le 4B. André avait la manie de nous faire arrêter la projection quand il était insatisfait des comportements de certains. Il allumait les lumières. Celles-ci pouvaient être commandée aussi bien du bas que de la cabine. Il s'avançait dans le milieu de la salle et il entamait un discours moralisateur :

 

  • Ici c'est une salle familiale, il faut se comporter correctement, etc, etc, etc.

 

Quand il avait terminé, il faisait signe vers la cabine et nous pouvions reprendre la projection. De la haut nous n'appréciions pas du tout cette manière de procéder, aussi faisions-nous de la résistance. Il y avait une sonnette pour communiquer avec les projectionnistes. Nous avions un code :

  • 1 coup : baisser le son

  • 2 coups : monter le son

  • 3 coups : arrêter la projection.

 

Lorsque André sonnait les trois coups, nous faisions la sourde oreille. Alors il montait à la cabine, ce qui représentait un effort important pour lui. Il arrivait tout essoufflé et il nous ordonnait d'arrêter. Nous refusions. Personne ne craignait d'être renvoyé sans indemnités. Il redescendait, allumait la lumière et faisait son discours en même temps que le film tournait. Les spectateurs riaient et l'applaudissaient. André avait inventé une forme de représentation qui mélangeait le spectacle vivant et les projections. Et il y en a qui disent qu'il n'y avait plus d'attractions dans les cinémas des années soixante.

 

Quand on le connaissait, et ce malgré ses travers moralisateurs, André était un type formidable. Je découvris cela un dimanche soir après la séance de 17h30 quand j'étais enfant. En sortant du cinéma mes parents avaient l'habitude d'aller prendre un verre au bar tabac au bout de la rue. Ils y retrouvaient d'autres couples et le dimanche se terminait là en beauté, dans la joie et la bonne humeur. Vers vingt et une heure, après l'entracte de la séance du soir, avant de rentrer chez lui, André passait boire un dernier verre. Il sortait des blagues, faisait le clown au milieu des éclats de rire de toute la clientèle. Il était parti depuis un moment, que tout le monde riait encore. Mme V s'exclama :

  • J'ai tellemint rit que j'n'auros piché à m'maronne ! 2

1Pour en savoir plus voir : Granval Daniel « Histoire du cinéma à Merville », Club Cinéma Merville - 1999

2J'ai tellement rit que j'en aurais pissé dans ma culotte !

André et Roger

André et Roger

Quant à Roger c'était autre chose. Quand on le voyait, il valait mieux retourner sur le trottoir, regarder l'enseigne, vérifier si on était bien dans un cinéma et non dans une prison. Il fallait vraiment en avoir envie pour être accueilli par un énergumène pareil. Bourru, râleur, avant de déchirer le ticket il observait la personne de la tête aux pieds. Il se permettait souvent des réflexions avant le rendre le ticket. On se serait cru à la frontière d'un pays de l'est pendant le contrôle des passeports. Beaucoup le détestaient. Un jour, à la séance de 17h30, la salle était bien remplie. Quelques jeunes se manifestaient bruyamment dans les premiers rangs. Roger s'avança pour intervenir. A ce moment, un client retardataire ouvrit la porte d'entrée. Roger fit demi-tour et retourna précipitamment vers le fond. Un spectateur qui, comme beaucoup, devait avoir un compte à régler avec lui, tendit la jambe dans l'allée à son passage et lui fit un magnifique croche-pied. Roger s'étendit de tout son long dans l'allée et d'énormes éclats de rire se propagèrent dans la salle.

 

Les projectionnistes se répartissaient les séances. Jean Luc assurait le samedi soir, Jean et Albert le dimanche après-midi, Marc le dimanche soir. J'optais pour le dimanche soir et parfois le samedi. De temps à autre quand je n'allais pas au Caméo avec Patrick, j'aidais au contrôle des billets à 17h30.

 

Le Familia avait la réputation d'être plus calme, mais aussi celle d'avoir souvent des pannes. C'était normal. Projectionniste était un métier. Des personnes comme Maurice Dépretz ou Paul Roucou, au Modern, faisaient cela depuis des années. C'était leur seconde profession. Au Familia il y avait un Turn-over important. Certains faisaient cela quelques mois, d'autres quelques années, puis ils partaient vers d'autres horizons.

 

Pour éviter les pannes, il fallait être vigilant sur plusieurs points. Tout d'abord, c'est élémentaire, il fallait vérifier si le film était à l'endroit. De nombreuses copies arrivaient à l'envers. Pour gagner du temps, M. Laune passait le jeudi après la livraison pour tout vérifier. Il valait mieux ne pas attendre le jour de la projection quand le dépôt serait fermé au cas où il manquerait une bobine.

La rebobineuse

La rebobineuse

Les films nous parvenaient de Lille par l'autocar des voyageurs. Les transports Citroën faisaient aussi la messagerie. Le chauffeur du bus déposait le sac de plus de 30 kg avec ses cinq ou six bobines au café Montparnasse. M. Laune allait le récupérer. Il y reportait le sac le lundi matin pour le retour à Lille.

 

Du côté du Modern ça tournait très bien. Ceux qui voulaient payer moins cher se pointaient à l'entracte. Ils payaient directement à celui qui distribuait les tickets de sortie, sans passer par la case caisse. Sylvère Derquenne n'était pas dupe. Il demanda à l'un de ses amis, représentant d'une maison de distribution à Lille, s'il voulait bien faire le client mystère et observer ce qui se passait. La magouille a été découverte, mais je ne sais pas quelles en ont été les conséquences.

LE CINEMA ET MOI : Chapitre 3. Requiem pour un cinéma

Le bail qui avait été signé avec M. Leleu était fixé pour une durée de neuf ans avec la possibilité d'y mettre un terme à la fin de la troisième et de la sixième année. Arthur Leleu avait ouvert un magasin de brocante à côté du cinéma.

 

Un jour que je contrôlais les billets au Familia, se présenta un membre du personnel du Modern en compagnie de son épouse. Au moment où j'allais lui demander ses billets, André intervint en me disant :

  • Pour eux c'est gratuit.

 

C'est ainsi que je découvris qu'il y avait un arrangement entre les deux cinémas. Les personnels ne payaient pas leurs places quand ils allaient chez le concurrent. Je ne tardais pas à faire valoir mon droit et dès que j'allais au Modern, je réclamais et obtenais la gratuité.

 

Il arriva malheureusement un grand malheur dans la famille Leleu. Leur fils unique et son épouse, la fille unique de M. Charlet, marchand de vélos, décédèrent dans un accident de voiture. Ils laissaient trois orphelins, un garçon et deux filles. Tout bourru qu'il était, Arthur Leleu n'en était pas moins humain. Claire, sa compagne, et lui prirent en charge les enfants. Malheureusement le magasin de brocante, suffisant pour faire vivre un couple, ne permettait pas de subvenir aux besoins de cinq personnes. Arthur décida de créer un magasin de meubles d'occasion. Pour cela il avait besoin de récupérer la salle de cinéma. L'échéance des trois premières années était passée. Il devait patienter jusque la sixième.

 

Pendant ce temps au Familia, la situation était critique. M. Laune avait avancé de l'argent personnel pour boucler le budget et patienter jusque la fermeture du Modern. C'était irrévocable. Un des deux cinémas devait fermer. Il fallait espérer que le Familia tienne jusqu'à la fermeture du Modern, faute de quoi Merville se serait retrouvée sans cinoche.

 

En attendant les deux continuaient à tourner. Un dimanche après-midi j'allais voir un film au Modern. A l'avant de la salle il y avait des banquettes en bois qui avaient été posées sans être fixées au sol entre deux bals. Ces rangées n'étaient pas occupées par des spectateurs. Des petits malins ont poussé l'une des rangées qui, en tombant, entraîna la chute de celles qui étaient derrière, comme des dominos. Un grand chahut s'ensuivit, que les responsables de la salle ont bien eu du mal à maîtriser.

 

Cet événement m'avait-il stimulé ? Ou était-ce le temps orageux ? Toujours est-il que je me sentait des velléités de chahuteur. Le petit adolescent que j'étais à ce moment là se fit moucher par un client qui était à proximité et que je voyais régulièrement au Familia. Il me dit : « Et si je venais faire le bordel au Familia qu'est-ce que tu dirais ? »

 

Cela m'a calmé instantanément. Je me rendais compte de ma bêtise. Je remercie ce spectateur d'avoir stoppé net mon élan de stupidité.

 

Puis le jour fatidique arriva. Sylvère Derquenne aurait bien voulu continuer d'exploiter le Moderne,mais il y avait urgence pur Arthur Leleu qui mit fin au bail au terme de la sixième année. La fin du Modern était annoncée.

L'article de journal

L'article de journal

Le cinéma créé dans les années vingt par Victor Leleu, le père d'Arthur, ferma définitivement quarante-huit ans après sa création. Comme éloge funèbre il eut droit à un article de la Voix du Nord, pertinemment titré « Requiem pour un cinéma ». Une page venait d'être définitivement tournée.

Le Modern cinéma transformé en magasin de meubles

Le Modern cinéma transformé en magasin de meubles

Les enfants Leleu devinrent adultes. Claire et Arthur disparurent. Le magasin de meubles fut fermé. Le vieux cinéma abandonné se dégrada progressivement. Il fut complètement détruit au début du XXIème siècle.

 

Pour le Familia cette fermeture fut un ballon d'oxygène. Sans atteindre les résultats qu'il avait six ans auparavant, il doubla quand même ses entrées et renforça sa trésorerie qui devint excédentaire.

Le Modern peut de temps avant sa destruction

Le Modern peut de temps avant sa destruction

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 11:30

 

Adieu rangée 19

 

 

 

   Un jour je vis arriver Jacques tout joyeux : « Le Moderne va rouvrir, me dit-il ».

- C'est pas vrai !

- Si, c'est M. Derquenne qui exploite le Familia et le Royal à Hazebrouck qui va reprendre. Il réembauche tout le personnel qui travaillait pour M. Leleu. Mon père projettera à nouveau les films et plus tard je ferai comme lui.

 

    Quel veinard ce Jacques, me disais-je. Moi aussi j'aurais bien aimé être opérateur, le chef d'orchestre qui fait tourner le cinéma. Enfin on pourra revoir plusieurs films par semaine à Merville !

- Et c'est pour quand ?

- Bientôt, le temps de faire les travaux d'aménagement.

 

    Au fur et à mesure que les travaux avançaient, Jacques me racontait comment serait le Modern. Il m'indiquait les couleurs qui seraient apposées sur les murs, plus sombres en hauteur d'homme, plus claires au dessus. Ou l'inverse, je ne me souviens plus très bien.

 

    J'étais impatient. A chaque fois que je le voyais, je lui demandais : « C'est pour quand ?

- Bientôt ».

 

    Puis enfin la bonne nouvelle arriva vers la fin de l'été. C'est pour le mois de novembre, me dit Jacques. Le premier film sera « La guerre des boutons ». Nous étions en 1962 et cela faisait trois ans que ce cinéma était fermé.

 

    Pendant ce temps là, en plus du Familia je me contentais de Zorro à la télé. Nous étions encore nombreux à ne pas avoir de télévision, mais Mme Charlet, une voisine d'en face, avait la gentillesse de bien vouloir nous accueillir pour que nous puissions suivre les aventures de Diego de La Vegas, Bernardo, son serviteur muet et le sergent Dimitrio Lopez Garcia. Elle nous rappelait à chaque fois qu'elle exigeait que nous soyons sages. Aucun d'entre nous n'aurait osé tenter transgresser la règle, de peur d'être privé de notre feuilleton favori.

 

Cotes OCFC copie   Enfin le grand jour était arrivé. Et bien entendu mes parents et moi nous y étions, bien que le film fût déclaré 4 S par l'O.C.F.C. (Office des Cinémas Familiaux Catholiques). Il paraît que de ce film émane une certaine liberté de mœurs et des scènes de violence qui feront réserver ce film aux adultes et grands adolescents ».A douze ans je n'étais pas encore un grand adolescent, mais un petit sans doute. Après tout j'avais fait ma communion, j'étais censé être entré dans l'âge adulte, celui de procréer. Et j'avais le droit de chanter « mon pantalon est décousu, si ça continue on verra tout mon... pantalon.. »

 

    La côte 4 S avertissait qu'il s'agissait d'un « film strictement pour adultes » que les programmateurs de salles familiales ou d'esprit chrétien ne pouvaient programmer que dans certaines salles antérieurement sélectionnées en accord avec les services diocésains.

 

    Le Familia n'était pas concerné et aurait pu programmer le film puisque sa limite était fixée à 4B (voir le tableau des cotes morales de l'OCFC.

 

    Bref, personne ne s'était posé la question et bien entendu, mes parents et moi nous y étions. Nous sommes partis à pieds dès 20 h. A la sortie de la rue du pont de pierre nous avons longé la place, puis la rue des prêtres jusqu'au N°105, juste après le pont. Nous empruntions sur cinquante mètres le chemin de terre qui menait au cinéma, le long de la rivière.

 

Cinemas-3-Merville.jpg

Le Modern et le chemin permettant d'y accéder le long de la rivière.

 

 

   Comme avant on se retrouvait au premier rang du balcon. Ma mère était déçue. Elle disait que c'était moins bien qu'avant. Mme Leleu n'était plus là et il fallait payer ma place. De ce fait maman prit trois fauteuils. Chouette ! Une fois de plus je n'étais pas du même avis que maman. Pour moi c'était mieux.

 

    Le cinéma était rempli de spectateurs. C'était merveilleux. Le lendemain j'apprenais que Mme Quarrez avait poireauté derrière son guichet. Les Mervillois désertaient le Familia au profit du Modern. « Le Familia ne va plus tenir longtemps disait maman. Cette remarque ne me réjouissait pas. Un cinéma qui ouvre, un autre qui ferme c'était un bilan nul. La période faste était passée pour le cinéma des curés. Heureusement, grâce au bénévolat, il ne devait pas supporter les charges de personnels. Même si elles étaient moins élevées qu'aujourd'hui, cela représentait quand même une économie substantielle pour le Familia. Celui-ci continua imperturbablement à programmer ses trois séances hebdomadaires. Au Modern il y en avait une de plus le dimanche à 15h30. Presque toutes les semaines j'y allais, ainsi Elvis Presleyque le samedi soir et le dimanche en fin d'après-midi au Familia. Quand je sortais le dimanche avec mes parents je rattrapais ma séance en soirée. C'est durant cette période que j'allais voir tous les films d'Elvis Presley.

 

    C'est au Modern que je fis la connaissance d'un super espion qui me fit rêver. Pensez donc, il était infaillible. Il gagnait contre tous les méchants. Et surtout, il séduisait plein de jolies filles. Je rêvais d'être comme lui. J'ignorais alors que la saga se prolongerait pendant plus de cinquante ans. Vous l'avez deviné c'était « James Bond contre docteur No ».

 

    A quatorze ou quinze ans j'avais un nouveau copain, Patrick. Il voulait qu'on aille absolument au cinéma à Estaires. Quelle idée ! On avait deux cinémas à Merville, pourquoi aller à Estaires. « Tu verras c'est mieux me dit-il ». Je connaissais déjà le Caméo d'Estaires. Il m'était arrivé une fois ou deux d'y aller avec mes parents et une tante. Nous étions allé voir Josélito. Ah Josélito, l'enfant à la voix d'or ! Il remplissait les salles. Ce jour là le Caméo était plein. Je me souviens que j'étais assis à une rangée latérale dans le milieu de la salle. Josélito était un petit espagnol à peine plus âgé que moi. C'était horriblement mélo, mais en ce temps là ça ne me gênait pas. Le succès de Josélito le quitta avec son enfance. Après « Le petit Andalou », il tourna encore deux films et on entendit plus parler de lui.

 

    Patrick avait une mobylette, et moi un vélo. L'autorité maternelle avait décrété ainsi. « Les mobylettes c'est dangereux, tu auras une voiture à dix-huit ans ». J'allais donc à Estaires qui se trouvait à sept kilomètres, tenant le guidon d'une main et m'accrochant de l'autre au bras de Patrick.

 

LC42 Estaires    Le Caméo était un beau cinéma pour l'époque. Le hall faisait toute la largeur de la salle. A gauche il y avait le bar et la billetterie. A droite, Martine vendait des confiseries derrière un comptoir. Nous y reviendrons à Martine. La salle était très spacieuse et bien proportionnée. J'y remarquai une étrange chorégraphie. Les fauteuils étaient disposés de manière classique : des rangées latérales de trois places et un parterre central. De nombreux garçons déambulaient autour de celui-ci. Certains tournaient dans un sens, d'autres dans l'autre. Ils observaient les filles, ou plutôt ils les repéraient. Dès que les lumières s'éteignaient ils se précipitaient vers les places qu'ils avaient choisies, près d'une fille évidemment. Je n'ai jamais remarqué d'algarades au cours de cette mise en scène, comme si de manière implicite et télépathique ils avaient négocié les places au préalables.

 

    Patrick et moi étions installés sur la dernière rangée du côté contre le mur du fond. Celle-ci était plus large que les autres. Après l'entracte, le film était commencé depuis quelques minutes à peine, je vis arriver Martine, la vendeuse de confiseries. Elle passa devant nous et elle s'installa à côté de mon copain. Voilà pourquoi nous étions allé Estaires. Voilà pourquoi c'était mieux.

 

    C'était aussi durant ces années là que je fréquentais le ciné-club de M. Mathieu. C'était un ciné-club particulier. M. Mathieu était l'adjoint du surveillant général au lycée des Flandres où j'étais pensionnaire. Je n'habitais qu'à treize kilomètres, ce n'était pas loin, mais maman était persuadée que j'apprendrai mieux en pension. Du moins c'est ce qu'elle me disait. Pauvre maman !

 

   Le jeudi après-midi il n'y avait pas cours et le plus souvent c'était la promenade triste et morne, en rangs comme les enfants de l'orphelinat. Cette morosité était parfois interrompue par de petits évènements plaisants qui égayaient notre journée. Un jour en passant devant le cinéma Royal à Hazebrouck Paul, mon voisin de lit à l'internat, regardait les affiches. Il n'eut pas le temps d'apercevoir un perfide panneau qui se dressait devant lui et il se cogna en plein dedans. Heureusement que nous n'étions pas à Merville en 2014 car Paul ressemblerait à Elephant Man. Bons camarades, mais pas au point de compatir à sa douleur, nous éclations de rire, incapables de nous arrêter pendant que Paul se frottait la tête en essayant de cacher une larme qui gagnait le coin de son œil.

 

    En dehors de rares incidents de ce genre, ces promenades était tellement ennuyeuses que nous faisions tout pour les éviter. A notre grande satisfaction, une fois par mois, M. Mathieu nous projetait un film en 16mm, le plus souvent en noir et blanc, et qui faisait notre bonheur. Un jour, je ne sais pas ce qui lui a pris, sans doute voulait-il faire de l'Art et Essai avant l'heure, il nous projeta « Cléo de 5 à 7 » d'Agnès Varda. Il s'agit d'un film en unité de temps. L'action se passe comme la durée du film en quatre-vingt-dix minutes. Peu inspirés par ces considérations nous nous ennuyions mortellement, pas au point de préférer la promenade quand même. Le film apportait quelques agréments. Il comportait des scènes de nudité et nous n'en n'avons retenu que la plastique de Corrinne Marchand. Les apparitions de ces scènes à l'écran déclenchaient des remarques graveleuses spécifiques à la bêtise de l'âge. Pourtant il n'y avait pas de quoi fouetter un chat. L'O.C.F.C. l'avait classé 4A. Le pion a poussé sa gueulante : « Pour une fois qu'on essaie de vous montrer quelque chose de différent vous ne savez pas l'apprécier beuglait-il ». Et bien nous, nous aurions préféré quelque chose de pas différent.

 

    Mes périples à Estaires avec Patrick ont duré plusieurs années, ce qui ne m'empêchait pas de continuer de fréquenter assidument les cinémas de Merville le samedi et le dimanche soir. C'est là que je découvris également angélique. Il ne s'agissait pas d'une copine, mais de la marquise des anges. Comme tous les films que j'appréciais, je les voyais deux fois. Une fois à Estaires puis à Merville.

 

Foyer-des-copains-annees-60.jpg

    Je rêvais toujours d'être projectionniste et l'opportunité finit par se présenter. J'avais seize ans, je m'occupais d'un foyer de jeunes dans les locaux de la maison des œuvres, à côté du Familia : le foyer des copains. Ce n'était pas par hasard ce nom. Nous étions encore dans la grande période des copains et des yéyés. Nous lisions tous « Salut les copains », sans rater l'émission du même nom à la radio. Parmi les copains du foyer des copains, il y avait un copain qui s'appelait Marc. Et Marc était projectionniste bénévole au Familia. Je lui demandai un jour s'il était possible que je rejoigne l'équipe des bénévoles. Il me promit d'en parler à M. Laune, le directeur du cinéma.

Merville-Familia--6-.jpg

 

    Peu de temps après, un samedi soir, j'allai voir un film au Familia. J'achetai mon billet et je m'installai à ma place habituelle, rangée 19 sur le côté. A l'entracte Marc vint me voir et me dit : « M. Laune est dans la cabine, tu peux le voir si tu veux ». Je rencontrai un monsieur très sympathique qui me posa rapidement quelques questions et qui me proposa de commencer tout de suite. J'abandonnai immédiatement ma rangée 19 pour une place à l'étage, là où je pensais quand j'étais petit qu'il devait y avoir d'énormes stocks de films. Marc m'expliqua le fonctionnement des appareils et la manipulation des films.Dans-la-cabine-du-Familia.jpg

 

    J'entamais une carrière de bénévole dans le cinéma qui dura quarante-six ans.

 

 

 

 

Georges Laune

 

  Dans la cabine du Familia

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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 13:53

Et voilà un nouveau livre en route. Je propose aux visiteurs de mon blog de le découvrir avant sa parution au fur et à mesure de son élaboration.

 

N'hésitez pas à me faire part de vos remarques et de vos suggestions qui me permettront de l'améliorer. Vous pouvez aussi si vous le souhaitez nous faire part de vos souvenirs cinéma. S'ils sont suffisamment nombreux, il sera peut-être pertinent de les publier.

 

Voici donc aujourd'hui le premier chapitre : DEUX FAUTEUILS UN STRAPONTIN

 

 

 

Le cinéma, je suis tombé dedans quand j'étais petit, tout comme Obélix dans la potion magique, mais avec l'avantage de pouvoir en consommer tout le temps. Lorsque j'avais cinq ans, mes parents et moi, habitions dans un bâtiment de huit logements qu'on appelait le coron des pâtures car il était situé au milieu des champs à proximité du terrain d'aviation. Il trônait là, seul, isolé dans le lieu dit du Pacault. Les gens de Merville disaient : « T'habites à ch'Pacault ». Il était bien à trois kilomètres du centre ville, là où il y avait deux cinémas : le Modern et le Familia.

 

Le premier appartenait à la famille Leleu. Monsieur Leleu était un homme bourru. Il me faisait peur, mais son épouse

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était très gentille. Elle s'occupait de la caisse, ce qui était une bonne chose car elle était plus accueillante que son mari. Le Modern programmait deux films par semaine, un le samedi et l'autre le dimanche. Le hall d'entrée était situé sur toute la longueur de la salle, du côté droit. Après la caisse il y avait le comptoir à confiseries, puis le bar.

 

Le Familia était une salle paroissiale qui fonctionnait avec des bénévoles, sauf la concierge qui effectuait le ménage et s'occupait de la caisse. Son mari vendait les confiseries pour son propre compte. C'était une faveur qu'il avait obtenue de la part des dirigeants. A l'entrée il y avait aussi Loonès, un Algérien qui vendait des cacahuètes dans des sachets transparents rouges ou verts. Je choisissait toujours les rouges, non pas que les cacahuètes étaient meilleures, mais je préférais le rouge, comme l'autobus que conduisait mon papa, comme ma petite voiture à pédales et comme plus tard mon vélo. Bref, le rouge était ma couleur préférée. Le Familia ne passait qu'un seul film par semaine, sauf quand il y avait des jours fériés.

 

Le samedi soir, quand un film plaisait à mes parents, nous soupions de bonne heure pour arriver à temps à la séance de 20h30. Ma mère voulait arriver assez tôt pour être certaine d'avoir nos places habituelles. Elle se faisait du souci pour rien, car d'un côté comme de l'autre on nous les gardait. Les fauteuils étaient numérotés et nous étions habitués aux mêmes places. Au Familia nous étions en seconde, rangée 19, sur le côté gauche. Nous étions dans le milieu de la salle. Devant il y avait les troisièmes, moins confortables. Derrière c'était les premières, d'un meilleur confort. Je n'ai jamais compris pourquoi les places les plus chères étaient à l'arrière, d'autant plus que le Familia était une salle pas très large pour sa longueur. Moi, je préférais être devant. « Deux fauteuils et un strapontin, disait ma mère ». Je n'avais droit qu'à un strapontin car dans les deux cinémas elle ne payait pas ma place. Elle ne voulait pas abuser maman. Quand un fauteuil était libre à côté, ce qui arrivait souvent vu qu'il n'y avait que trois sièges sur les parties latérales, je l'utilisais quand même.

 

Cine-Merville-Familia-plan-3-complet.jpg

Au Modern nous étions dans la même catégorie de places qu'au Familia. Une fois, maman s'est pris des résidus de confiseries sur la tête en provenance du balcon. A partir de ce jour là nos places attitrées étaient au premier rang du balcon, sur le bord de l'allée centrale ; à cause du strapontin. La première fois que nous y sommes allés j'étais content. Je me disais qu'à mon tour je pourrai jeter des pelures de cacahuètes sur la tête de ceux du dessous. Dès ma première tentative pour satisfaire ce nouveau plaisir, la vindicte de l'assemblée parentale tomba nette, précise et ferme. Il n'était pas question de devenir un imbécile comme ceux qui avaient souillé l'auguste crâne maternel. L'air renfrogné, frustré, je me tassais donc dans le fond de mon strapontin, si tant soit peu ces sièges précaires pouvaient avoir un fond permettant de s'y enfoncer.

 

Quand les lumières s'éteignaient et que les premières images apparaissaient j'étais fasciné. Si par bonheur il s'agissait d'un film d'aventures et d'actions j'avais le regard scotché à l'écran. J'adorais Tarzan et son singe Chita, Davy Crocket, Robin des bois, Ivanhoé, le capitan, Dartagnan, Pardaillan, Hercule, Maciste. Il arrivait souvent que mes parents allaient voir des films pour adultes. Ils m'emmenaient quand même car ils n'avaient personne pour me garder ; et puis comme ma place ne coûtait pas cher. En ce temps là on était moins regardants pour ce qui est de suivre les règles. Mais là, quelquefois, je m'ennuyais. Je me souviens particulièrement de « la princesse de Clève » avec Marina Vlady, très jolie au demeurant, mais je n'était pas encore sensible à ce genre de beautés. Je pensais que c'était un film de capes et d'épées comme « les trois mousquetaires » ou « le bossu ». Ah Jean Marais ! J'adorais Jean Marais. Je me disais « dommage qu'il ne joue pas dans la princesse de Clève, le film aurait été autrement. Je me souviens aussi d'un film avec Robert Hossein. Je m'ennuyais tellement que je demandais sans arrêt à mon père quand ce serait fini. Mais je me réconciliait plus tard avec ce grand artiste grâce à Angélique, la marquise des anges ; réconciliation confortée par sa version des « Misérables ».

 

Après la séance nous repartions dans la nuit vers notre coron champêtre. La plupart du temps je terminais le trajet perché sur les épaules de mon père où, la tête posée sur la sienne, j'entamais ma nuit de repos remplie d'images et de héros.

 

Familia-et-bar-des-anciens.JPGDans l'année de mes six ans, il m'est arrivé un événement merveilleux. Mes parents ont déménagé. On quittait le coron des pâtures pour un appartement au deuxième étage dans la rue du pont de pierre. La rue du pont de pierre, ce n'était pas anodin, c'est là qu'était situé le Familia. Je n'avais qu'à traverser la chaussée et j'y étais. Le Modern était à quelques centaines de mètres, à deux pas de l'école.

 

La salle du Familia faisait partie d'un complexe qui s'appelait « La maison des œuvres ». Il comportait de nombreuses activités : Salle de gymnastique de la St Georges, tir à l'arc, l'Amicale St Edouard où les adultes allaient jouer au billard à trois billes, etc. Il y avait aussi le bar des anciens. Je me demandais qui pouvaient être ces fameux anciens. Ma mère m'a dit qu'il s'agissait des anciens élèves de l'école privée. Le dimanche on pouvait y aller pour boire un verre et manger des frites. De la fenêtre de ma chambre je pouvais observer les consommateurs.

 

La proximité des cinémas incitait mes parents à y aller plus souvent pour mon grand bonheur. Quelquefois, malheureusement, ils ne voulaient pas m'emmener parce que les films étaient interdits aux moins de 18 ans. Ils me laissaient seuls en me recommandant d'être bien sage. C'est pour ça que je préférais le Familia, car là, il n'y avait jamais de films interdits aux enfants. Il m'arrivait parfois d'insister et de les convaincre de m'emmener. Madame Leleu n'était pas regardante sur ce point et elle me laissait entrer. Cela fonctionna très bien jusqu'au jour où j'accompagnais mes parents pour aller voir « Crime au musée des horreurs », un film Britannique d'Arthur Crabtree réalisé en 1959. Au début du film une femme reçoit un colis. Il contient des jumelles. Elle porte celles-ci à ses yeux pour regarder par la baie vitrée et deux longues aiguilles se plantent dans ses yeux. C'était la première scène d'une série qui se succédaient tout au long du film et qui ont sérieusement impressionnées le petit garçon que j'étais. J'en ai fait des cauchemars et j'ai réveillé mes parents à plusieurs reprises cette nuit là. S'en était terminé des films interdits aux mineurs. Pour ma part, je n'ai pas demandé de jumelles à Noël.

 

J'étais persuadé que les cinémas devaient posséder un stock impressionnant de films pour en projeter des différents Modern--l-entree.jpgchaque semaine. J'observais de la salle, les ouvertures qui laissaient passer le faisceau de lumière pour la projection et j'imaginais des centaines de petites boîtes entreposées dans la cabine, comme celle du curé au patronage qui nous passait des films fixes de Tintin. Je pensais également qu'il y avait des hommes et des femmes qui se cachaient derrière les rideaux pour faire les voix des personnages. J'étais renforcé dans cette idée lorsqu'un jour l'abbé Warein était allé sur la scène faire des commentaires sur un film non sonorisé qu'il projetait des colonies de vacances.

 

Un jour ma mère tendit un prospectus à mon père en lui disant « Il est devenu fou Leleu, regarde ce qu'il met sur ses prospectus ». Il y avait d'écrit : « Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère viendra à toi ».

 

« Qu'est-ce qu'il veut qu'on aille faire à la gare d'Aire, ajouta-t-elle ». Etait elle sérieuse ou plaisantait-elle ? Impossible de le dire. Dans les deux cas, elle avait toujours la même expression du visage. En tout cas, elle faisait allusion à Aire sur la Lys, une ville voisine de Merville.

 

On y est allé voir, non pas à la gare d'Aire, mais au Modern, et c'est ainsi que je découvris Jean Marais dans « Le bossu ».

 

Le père de mon ami Jacques était projectionniste au Modern. Il avait de la chance Jacques. Il ne payait pas le cinéma et il pouvait se placer où il voulait. Moi, quand je n'étais pas avec mes parents, je n'avais droit qu'aux places les moins chères. Un jour Jacques réussit à me convaincre de l'accompagner au balcon. « Ne t'inquiète pas, ça ne se verra pas, affirma-t-il ». J'étais à peine installé que je vis arriver Arthur Leleu qui effectuait un contrôle des billets. De peur de me 001-copie-1.jpgfaire réprimander je lui dis que je ne le trouvais plus. Ce fut encore pire. Il m'ordonna de sortir. Je me retrouvais dans le hall en larmes. Son fils qui était près de la caisse me demanda pourquoi je pleurais. Je lui expliquais que j'avais été viré parce que je ne me trouvais pas mon ticket. Attendri, il me fit entrer vers les fauteuils des secondes. Quelques minutes plus tard je vis arriver Arthur qui continuait son contrôle. De peur qu'il me reconnaisse, je dissimulai mon visage du mieux possible en lui tendant mon billet. Il me regarda et il me le rendit. Ouf, j'ai pu voir mon film.

 

Malheureusement en 1959 le gouvernement décida de supprimer le reversement de la taxe additionnelle aux exploitants qui investissaient. Elle sera rétablie dans les années soixante. En attendant Arthur Leleu, qui avait d'autres projets, se refusa de supporter cette nouvelle imposition. Il ferma le Modern cette même année.

 

Le Familia devint donc l'unique cinéma de la ville. Pourtant la direction se refusa à augmenter le nombre de séances. A celle de 17h30 le dimanche, il y avait une queue phénoménale au guichet. Les cinq cent fauteuils étaient occupés et très souvent de nombreux spectateurs ne pouvaient pas entrer. La seule concession qui fut faite, c'était l'ouverture de la caisse en fin de matinée, à 11h pour ceux qui sortaient de la messe de 10h, afin d'éviter aux spectateurs de faire la queue l'après-midi.

 

Quand le « Ivanhoé » de Richard Torpe fut projeté on retrouvait plein de petits Ivanhoé qui caracolaient sur les trottoirs de la rue du pont de pierre après la projection. En ce temps là, le Familia programmait régulièrement des reprises des films à succès. Ils attiraient presque autant de monde que lors de leur première sortie.

 

En 1962 le Famila programma « Ben Hur. J'y étais, bien évidemment, dans les premières séances. Il y avait la foule à chaque projection. Je remarquais que les portiers ne distribuaient pas de tickets de sortie à l’entracte et qu'ainsi ils ne contrôlaient pas les personnes qui entraient. Avec plusieurs copains, il nous est venu l'idée de retourner voir le film le jeudi après-midi, après l'entracte pour ne pas payer. Nous attendions calmement à l'extérieur le moment propice pour nous faufiler dans la salle, lorsque nous vîmes arriver l'abbé Warein avec sa camionnette pétaradante. « Ça tombe bien vous aller m'aider à transporter des cartons, nous dit-il ». Nous n'avons pas osé lui dire que nous voulions entrer en fraude. Adieu Ben Hur, Messala, Ester et compagnie. Assourdis par les tremblements des tôles de la camionnette nous étions en route pour l'usine à papiers de Lestrem. Et dire que ma mère me disait sans arrêt de ne pas mettre le son de la radio trop fort !

DSCF5597.JPG

 

LEGENDES DES IMAGES

1. Le Modern

2. Le Familia

3. Le plan du Familia

4. La maison des ouvres : Bar des anciens au premier plan, Familia à l'arrière plan

5. Entrée du Modern

6. Carte d'exploitant d'Arthur Leleu exploitant du Modern

7. Affiche programme du Familia

Merci à Jean François Vautrin qui m'a permis de corriger une erreur sacrilège. Je parle dans l'article de l'Amicale St Edouard où l'on jouait au billard à trois "boules". C'est une erreur manifeste. Il s'agit de billard à trois billes. Et on ne joue pas avec des "queues", mais avec des cannes. Qu'on se le dise. Je suis intéressé par ceux qui acceptent de me faire profiter de leurs connaissances et ainsi apprendre de nouvelles choses. Encore merci Jean François.

DG

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 17:19

            La baisse des entrées constatée depuis le début de l'année 2013 s'explique facilement par le manque de films attractifs qui donnent envie aux spectateurs de se déplacer dans les salles de cinéma. Mis à part "Django" sorti le 16 janvier, j'ai vu peu de films capable de me mettre en appétit, de me faire saliver, de me rendre impatient de les voir.

 

            Nous sommes en période de crise, et les français ont besoin de se changer les idées, d'oublier pendant deux heures les tracas de la vie quotidienne, les fins de mois difficiles, les turpitudes des dirigeants de tous bords. Et que nous donne le cinéma actuellement ? Des films, certes bien faits, qui nous font pleurer ; ou alors des scénarios dépourvue d'imagination, des œuvres pendant lesquelles ont consulte sa montre toutes les cinq minutes en se demandant si les aiguilles ne sont pas bloquées, des comédies débiles dans lesquelles les acteurs ne parviennent pas à nous cacher leur ennui. Le comble, c'est que ce mal n'est pas spécifiquement français. Les américains avec des comédies du genre "un grand mariage" ne sont pas en reste de médiocrité. Cela ne les a pourtant pas empêché de grignoter une bonne part de marché aux films hexagonaux.

 

            Mais où sont donc passés les "Gérard Oury", Francis Vebert, Jean Girault, Edouard Molinaro, Yves Robert, Robert Lamoureux ? N'ont-ils pas de remplaçants, de successeurs ?Billy-Wilder.jpg

 

            Paradoxalement, le festival du film de La Rochelle présentait cette année un hommage à Jerry Lewis et des rétrospectives consacrées à Max Linder, et surtout Billy Wilder. Quel bonheur à déguster sans modération dans une ambiance générale morose. Une vingtaine de film ont été projetés, du réalisateur de "Certains l'aiment chaud", "La garçonnière", "Sunset Boulevard"...

 Billy Wilder

            Originaire d'Autrice, Billy Wilder exerça le métier de journaliste à vienne et à Berlin avant de fuir les nazis à l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Auparavant, il avait écrit plusieurs scénarios de films entre 1929 et 1933 quand il se rndit à Paris et fut coréalisateur de son premier film "mauvaise graine" ; avant de partir pour les Etats-Unis. Arès deux années de galère à Hollywood, il sera recruté par la Paramount et participera à l'écriture de "La huitième femme de Barbe bleue", réalisé par Ernst Lubitsch. Après avoir écrit plusieurs scénarios, il passa à la mise en scène au début des années quarante. Il réalisa "Uniformes et jupons courts", film dans lequel son personnage féminin se travestit en adolescent ; film précurseur de "Certains l'aiment chaud". Puis ce sera "Les cinq secrets du désert", "Assurance sur la mort" en 1944 ; "Le poison" en 1945 ; "Sunset Boulevard" en 1950 ; "Le gouffre aux chimères" avec Kirk Douglas en 1951. Billy Wilder n'hésite pas à fustiger son ancienne profession, le journalisme, ainsi que sa nouvelle, le milieu des cinéastes.

 

            L'échec du "gouffre aux chimères" aura pour effet de le laisser inactif pendant deux ans. Par la suite, il tournera en majorité des comédies, genre dans lequel il excelle. Jack Lemmon en sera très souvent la vedette. Les deux hommes ont collaboré à sept reprises. Même dans des films plus sérieux comme "L'odyssée de Charles Lindberg", l'humour est omniprésent.

Marylin-Monroe.jpg

 

            Les comédies de Billy Wilder sont réglées comme du papier à musique. Rien n'et négligé. Le scénario est élaboré avec soin, les comédiens talentueux sont parfaitement dirigés, la mise en scènes est précise.

 

 

 

Marylin Monroe a interprété trois films sous la direction de Billy Wilder.

Un deux trois

 

            Pendant le festival de La Rochelle j'ai visionné une quinzaine de ses films. Pas un seul ne m'a déçu. A chaque fois j'étais emporté par les films. Puissent-ils dépasser allègrement les deux heures, j'étais hors du temps et je sortais de la salle, ravi d'avoir vu un bon film, déçu qu'il soit déjà fini.

 

            Billy Wilder se disait parfait à 60 %. Pour moi c'est du 100 %. Même dans un film comme "L'odyssée de Charles Lindberg" où il faut montrer les difficultés de l'aviateur pour s'orienter, pour lutter contre le sommeil dans cette longue course qui dura trente-trois heures ,il intègre des anecdotes amusantes de la vie du personnage, réussissant à éviter le moindre instant d'ennui. Les 2h15 du film passent comme une étoile filante.

 Certains-l-aiment-chaud.jpg

            L'humour de Billy Wilder est très varié. Ses films sont truffés de réplique délicieuses et subtiles, sans pour autant négliger les gags visuels et le comique de situation. "Certains l'aiment chaud" en est une illustration parfaite. Dans "Un deux trois" il nous emporte dans un délire de gags, à un rythme effréné pendant 1h55, sans un seul temps mort. "Irma la douce" (1963) où Shirley MacLaine donne la réplique à Jack Lemmon nous fait revivre l'ambiance du quartier des halles à Paris. "Embrasse moi idiot" avec Dean Martin et Kim Noval nous emmène aussi dans un rythme endiablé pendant plus de deux heures. "Avanti", toujours avec Jack Lemmon et Juliet Mille, est une comédie sentimentale très nuancée qui charme le spectateur.

 Irma-la-douce.jpg

            En conclusion, je proposerai aux réalisateurs qui s'étonnent du peu de spectateur pour leurs films, de se payer une cure de projections des films de Billy Wilder. Qu'ils en fassent leur référence. Alors, je suis persuadé qu'on sera à nouveau capables de produire de bonnes comédies. Et les entrées ne s'en porteront que mieux.

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 15:50

L'acteur français, monument surtout du point de vue corpulence que cinématographique, a fait couler beaucoup d'encre et de salive ces temps-ci. Les médias nous en faisait bouffer à longueur de journée et les télévisions toujours aussi médiocres, en profitaient pour programmer des films avec cet acteur.

 

J'essaierai d'être objectif, mais ce sera difficile. Je dois d'abord reconnaître qu'avec un bon réalisateur, Depardieu est capable de faire de bonnes prestations, aussi, je ne partage pas l'avis de ceux qui prétendent qu'il n'a fait que des navets. Cependant, je n'ai jamais aimé le personnage qu'il est, ou qu'il joue, dans la réalité. J'ai même ressenti du dégoût vis à vis de ce comédien quand j'ai appris que son agent mettait la pression sur les producteurs dès qu'un projet de film était annoncé, jusqu'à parfois prendre des prestations qui auraient été bien utiles aux intermittents. Je ne sais quel moyen de pression il avait, son argent sans doute, mais il y avait parfois lieu de se demander si on faisait encore des films sans Depardieu en France.

 Il n'a pas toujours été aussi gros.

Ici Depardieu sur le tournage de "Rosy la bourrasque"T-137-Rosy-la-bourrasque---Depardieu.jpg

Et pourtant, celui qui avait la prétention d'être le nouveau Gabin, ne lui arrivera jamais plus haut que les semelles de ses chaussures.

 

D'abord, Gabin avait de la classe, lui.

 

Je ne blâmerait pas Depardieu pour avoir pissé sur la moquette d'un avion. Après tout, ils sont tellement cons parfois dans les avions, que j'imagine bien les lascars des "tontons flingueurs" en faire autant.

 

Je ne le blâmerait pas non plus pour s'être installé en Belgique. Après tout, les Mullier, propriétaires d'Auchan, et bien d'autres l'ont fait depuis longtemps ; et ça n'empêche pas des millions de Français de courir se faire "arnaquer" dans leurs magasins. Et puis n'avons-nous pas  tous été acheter nos cigarettes ou notre carburant en Belgique ou en Espagne ? J'avoue avoir été moi-même tenté de partir en Belgique il y a quelques années. Si j'avais pu, j'y aurais bien transféré l'établissement que je dirigeai à l'époque, irrité que j'étais de toutes ces législations débiles qui se succèdent en France depuis quinze ans. Alors, il n'y a aucune raison d'en vouloir à Depardieu de devenir Belge.

 

Par contre, ce que je ne peux admettre, c'est le fait qu'il court en Russie chercher son passeport et la fameuse phrase "ceux qui disent du mal de Poutine ne sont jamais sortis de chez eux". L'accolade à un dictateur est inadmissible. J'aimerais bien, à ce sujet, avoir l'avis de certaines chanteuses actuellement enfermées au "goulag".

 

Gabin, lui, était parti dans la résistance pour lutter contre Hitler et les nazis, mettant en péril sa vie et sa carrière. Alors Depardieu, tu ne seras jamais à la hauteur de Gabin.

 

Et moi, M. Depardieu, j'aurai beaucoup de mal à aller voir vos films.

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 14:18

            Les multiplexes ont trouvé une nouvelle "innovation". En 2013, les places de cinéma seront numérotées et il sera possible de réserver à l'avance. Kinepolis a lancé le coup d'envoi dans ses salles de Belgique et d'Espagne et a déjà appliqué ce système en France à Nancy et Nîmes. Pour les autres cinémas c'est prévu en ce début d'année. Nul doute que les autres s'y mettront aussi, comme Gaumont Pathé qui applique déjà la numérotation à Chambéry ou Evreux. Quant à UGC, le même service est proposé à Saint-Herblain et Paris (Maillot).[1]

LC118-Roubaix-001.jpg

 

Y-a-t-il pour autant innovation ?

 

En fait, cette pratique est presque aussi vieille que le cinéma et avait cours déjà au début du XIXème siècle, comme le montre cette publicité du Colisée de Roubaix où les locations se faisaient tous les jours de la semaine sauf le mardi.

 

            Le cinéma du Breucq à Flers, village de la future Villeneuve d’Ascq, s’équipa et devint le Palace. Les meilleures places, constituées de fauteuils tapissés de velours, étaient groupées en deux rangées un peu avant le milieu de la salle, à la meilleure distance de l’écran. Elles étaient vendues avec réservations.

Lille-cameo-plan-2.jpg

 

Les Onnaingeois réservaient à l’année au Ciné Marcel. On y faisait la queue plusieurs jours à l’avance.

 

            A Wormhout il y avait trois séances par semaine, les classiques matinées et soirées du dimanche et le lundi soir. Une permanence était assurée le dimanche midi pour les réservations. La salle paroissiale de Merville adoptait le même système en fin de matinée après la messe de 10h.

 

Le plan du Caméo à Lille

         

   A Vitry-en-Artois, dès le samedi, René s’installait à une table du café et vendait les billets pour le soir et le lendemain

 Lille-Rexy-plan-copie-1.jpg

Les spectateurs avaient leurs habitudes. Ils avaient leurs fauteuils réservés à une séance précise, et refusaient d’entrer si par malheur ceux-ci étaient occupés par un autre. Par exemple il y avait les habitués du samedi soir. Si le samedi tombait un jour férié, ceux du dimanche disaient que c’était comme un dimanche et réclamaient leur réservation coutumière. Les autres répondaient, c’est samedi, j’ai droit à ma place habituelle. Il fallait toute la diplomatie de l’exploitant pour éviter les querelles.

 Le plan du Rexy à Lille

            A l’Apollo de Lens les tickets étaient aussi réservés à l’avance. Il y avait un plan de salle avec 2432 fauteuils numérotés. La caisse était ouverte en dehors des séances et Monsieur et Madame Masclef prenaient les réservations par téléphone directement de chez eux. Régulièrement ils transmettaient les places réservées à la caissière et préparaient des enveloppes avec les billets numérotés. Pendant les séances une caissière vendait les billets et l’autre distribuait les enveloppes avec les tickets réservés.

 

            A Merville, avant la création du cinéma paroissiale, des projections étaient organisées à la Maison des œuvres. Les locations étaient ouvertes chez Monsieur Ceugnart l’imprimeur ou chez Madame Quarrez, la concierge de la Maison des Œuvres.   Au ciné Modern, certains clients avaient leurs habitudes. Ils s’asseyaient toujours au même emplacement. Ils consommaient toujours les mêmes boissons au bar où on les servait, sans même leur demander ce qu’ils voulaient.  Madame LELEU connaissait par cœur les places favorites de ses clients.

 

            Et voilà donc Kinepolis, Gaumont Pathé, UGC qui font un retour aux sources. Oui, mais sauront-ils recréer l'extraordinaire convivialité de nos cinémas de proximité ?



[1] Source  "Côté Ciné" décembre 2012.

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 15:34

L’année 2012 célèbre le triste anniversaire du naufrage du Titanic. A cette occasion, James Cameron à sorti sa version 3 D du plus gros succès cinématographique de tous les temps.

Depuis la sortie de ce film évènement, de nombreux timbres ont été édités, non seulement sur le thème du bateau maudit, mais aussi et surtout avec des images du film.

En voici quelques exemples : TITANIC-Timbres--1--copie-1.jpg

Cette série de six, représentant les acteurs du film a été édité par la République de Buriatia. Il s’agit d’une ancienne république russe qui n’est pas répertoriée par l’UPU (Union postale universelle) créée en1874, elle fixe entre autres, les règles des échanges de courrier international et formule des recommandations pour stimuler la croissance des volumes de la poste.

Le Buriata est inscrit sur la liste des régions à émissions illégales. Ces timbres peuvent tout au plus intéresser les collectionneurs thématiques à condition de les acheter à un prix dérisoire.

Le Daguestan et le Koriakia sont aussi des républiques Russes. Les timbres  présentés ci-dessous sont aussi faux que les précédents.TITANIC-Timbres--2-.jpg

 TITANIC-Timbres--3-.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si vous souhaitez éviter l’achat de faux timbres de ce genre, vous pouvez consulter le site :
http://www.pwmo.org/Illegals/frame-illegals-fr.htm

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